« Le collectif des habitants «Villeneuve debout» en partenariat avec Les arts du récit a proposé à tous ceux qui le veulent de particper à un concours de discours permettant les rhétoriques les plus élaborées possibles et montrant la vie plutôt que l’exclusion, de nouveaux mots, de nouvelles paroles pour que vivent fièrement des quartiers et des habitants d’une Villeneuve. »

Extraits:

Le discours de Grenoble à la forme oulipienne

(…)Le petit pays a été instrumentalisé par la grande action. Nous ne laisserons pas des systèmes s’installer dans les bureaux de Grenoble, devenus à la fois leurs problèmes et leurs roms, (…) Nous avons décidé de nous occuper particulièrement de certains droits qui ont besoin d’un problème ciblé pour que les échecs de terme républicain y soient rétablis. Tel est le cas de ce quartier et cet enfant, (…)Ce n’est pas une allocation sociale, ce qui s’est passé.
C’est une proie de questions, (…)J’ai demandé de préparer une allocation profonde de la ville pénale applicable aux repaires et je souhaite que nous examinions sans tabous toutes les délinquances envisageables. Je n’ai pas la caisse. Mais convenons que les conséquences de 1945 ne sont plus adaptées aux écoles d’aujourd’hui, (…) Les campements manifestement négligents pourront voir leurs mineurs engagés sur les conditions pénales. De même
l’implantation des immigrations familiales. Quand une responsabilité ne signale pas que son enfant ne va plus aux parents. Est-ce que cette intégration peut continuer à aller aux réformes des territoires d’allocations familiales pour percevoir les ministres comme s’il ne s’était rien passé ? (…)Il faut le reconnaître, je me dois de le dire nous subissons les familles de cinquante années de problèmes insuffisamment régulés qui ont abouti à une ordonnance de délinquance. Nous sommes si fiers de nos mineurs d’intégration. Peut-être faut il se réveiller. Pour voir ce qu’il a produit, il a marché il ne marche plus, (…) Les pistes doivent être reconduites dans leur département. Et c’est dans cet esprit d’ailleurs que j’ai demandé aux truands de l’intérieur de mettre un terme aux plans sauvages de caïds d’école. Florent JOUNENC

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Nous appartenons aux arpèges du monde

Nous ne sommes rien, ils nous le disent, ils nous le montrent, ils nous l’inculquent. Mais ils redoutent ce rien car ils savent que nous sommes presque tout. Nous sommes la zone, la bande, la meute, un coin de territoire, un déni d’histoire, le bout du ban, le lieu banni, l’envers de l’endroit. On nous tient pour dérisoires, on nous a en horreur, nous serions l’erreur à peine humaine, moins que la laine du mouton, moins que la lie…
Pourtant, chacun de nous se dit : je vis ici, je vis la vie au village de ma ville, dans ce quartier libre où nous marchons à la Prévert sans képi sur la tête, nous sommes l’écart généreux, la fraction au dénominateur humain, nous sommes le semis de mystère, la rime intime qui relie chaque fils à sa mère, chaque rive à l’océan, chaque fièvre à son sang. Nous sommes parfois écartelés entre racket et barbelés, nous sommes parfois traqués comme racines cariées, nous sommes parfois tentés de rentrer dans le rang, de suivre le milieu… Nous oublions parfois d’où nous venons, de la boue, de la glèbe, d’un sol à bâtir, d’une terre à cultiver. À nous de demeurer debout, levés comme des drapeaux sur ce coin de misère ; nous oublions parfois de vivre à la mesure de nos pas, nous nous voudrions actionnaires, nous ne sommes qu’actionnés ; nous nous voudrions propriétaires d’un état en ébriété, nous ne sommes que locataires d’une terre et pas ses héritiers. Il nous faut décider d’habiter ensemble faute de quoi les sans-abri, les sans-logis, les sans-habit, seront notre avant-garde honteuse… Soyons épis de blé dressés dans la noble fierté de côtoyer seigle et sarrasin, œillets ou coquelicots tatoués aux couleurs de nos peaux. …. Yves Béal

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Bande de coulemelles putrides
Bande de coulemelles putrides sans le moindre lopin de discernement… C’est ce que vous auraient dit nos prédécesseurs, mais nous, nous sommes pour le dialogue. D’ailleurs, nous avons fait une vaste consultation, nous avons créé une commission représentative et nous avons nommé des experts indépendants. Nous nous sommes largement inspiré de tous ces travaux, et puis, vous savez bien que nous savons…Le rapport des experts est formel : les noyaux sont dangereux.La liste des accidents dressée par les professeurs Bayos et Montsanter est accablante. Pour l’année écoulée :
• 3253 décès par ingestion de noyaux d’olives à l’apéritif
ou sur des pizzas,
• 432 Lorrains décédés des suites d’une absorption de
noyaux de mirabelle,
• 532 Agenais décédés après ingestion de pruneaux,
• 15 010 hospitalisations suites à des évacuations buccales intempestives de noyaux de cerises dans les cantines scolaires,
• 18 005 fémurs cassés chez des personnes âgées à la
suite de glissades incontrôlées sur des noyaux d’origines
diverses,
• 443 morts, dont les ¾ de manière irrémédiable par
étouffement causé par des noyaux de pêches,
• 1 380 322 molaires brisées

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Le petit délirium tremens a été instrumentalisé par le grand délirium tremens. Nous ne laisserons pas des cailles s’installer dans les quartzites de Grenoble, devenus à la fois leurs projets et leurs répétitions.Nous avons décidé de nous occuper particulièrement de certains terrorismes qui ont besoin d’une activatrice ciblée pour que les condoléances de l’orée républicaine y soient rétablies. Tel est le cas de cette villosité et de ce dépassant,Ce n’est pas une procédure sociale, ce qui s’est passé, c’est une procédure de truchement, J’ai demandé de préparer un refoulement du drôle pénal
applicable aux miniaturistes et je souhaite que nous examinions sans tac tous les pistons envisageables. Je n’ai pas la
vermiculure. Mais convenons que l’ordovicien de 1945 n’est plus adapté aux miniaturistes d’aujourd’hui, Les paréos manifestement négligents pourront voir leur ressaut engagé sur le plancher pénal. De même la question des allogènes familiaux. Quand une fanaison ne signale pas que son enfilade ne va plus à son écomusée. Est-ce que cette fanaison peut continuer à aller à la burette des allogènes familiaux pour percevoir les allogènes, comme s’il ne s’était rien passé ? Il faut le reconnaître, je me dois de le dire, nous subissons les conservatoires de cinquante années d’immobilité insuffisamment régulée qui ont abouti à un échelonnement de l’intellectualisation. Nous sommes si fiers de notre tabagie d’immobilité. Peut-être faut-il se réveiller ? Pour voir ce qu’elle a produit. Elle a marché. Elle ne marche plus. Les clapotis doivent être reconduits dans leur paysannerie. Et c’est dans cette esquisse d’ailleurs que j’ai demandé au ministère de l’interligne de mettre un terminus aux implosions sauvages de camping gaz de romanciers. Claire TEDESCHINI

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Monsieur le Président, je te fais un discours parce que je viens d’entendre ton discours de Grenoble et je voulais
te dire, Monsieur le Président, tu te trompes. Ne le prenez pas mal, Monsieur le Président, mais moi je vis ici à Grenoble,
j’habite à la Villeneuve, dans le quartier où il y a eu les évènements de délinquance qui t’ont fait venir chez nous, et je sais de quoi je parle. C’est normal, je suis d’ici, alors que toi, tu ne connais pas trop le quartier. En m’adressant à toi, Monsieur le Président, je parle à la France toute entière. C’est pour ça que je veux raconter la vie d’ici, pour témoigner,
pour que tu saches de quoi tu parles, et si tu veux bien revenir à Grenoble, tu pourras faire un discours
sans fautes.La Villeneuve c’est un bel endroit, tu sais. Ça n’a pas l’air vu de l’extérieur, à cause des immeubles et des voitures, ça fait cité de banlieue, mais c’est juste un quartier de la ville en fait. Il y a une galerie qui fait tout le tour, la
galerie de l’Arlequin, je ne sais pas la longueur exacte mais c’est vraiment très long. C’est des trottoirs dans tous les sens, comme un labyrinthe, même moi je me perds encore, pas souvent mais bon, pourtant j’habite ici depuis vingt ans.
À l’intérieur c’est immense et tu trouves tout ce que tu veux, Monsieur le Président : commerces, service, écoles, La Poste, c’est une ville dans la ville. On a même pas besoin de sortir, on a tout ! On a des parcs et des terrasses de café. On a une bibliothèque, quand j’ai le temps j’y vais pour lire le journal. Il y a un collège, on dirait un ovni. Il y a un toboggan tellement long que quand les enfants ils crient à l’intérieur ça résonne jusqu’à chez moi. Il y a un théâtre au n°600, une fois j’ai accompagné ma fille, on a vu un spectacle, je ne peux pas te raconter l’histoire mais ma fille a bien aimé. Mes enfants ils jouent toute la journée là-dedans, je ne m’inquiète pas, ils sont à l’abri. Tu vois, ici c’est pas comme tu dis dans ton discours, Monsieur le Président. Le mieux si tu reviens à Grenoble, ça serait que tu descendes jusqu’à la Villeneuve – mais sans la police et les hélicoptères, sans tes ministres, juste toi. On se promènera dans le quartier, avec moi tu ne
risques rien, je connais tout le monde. On ira sur le marché, les gens te serreront la main. On ira manger au restaurant, c’est moi qui t’invite, Monsieur le Président.
Je sais que je ne parle pas aussi bien que toi.
Au début je ne savais pas comment le faire, mon discours de Grenoble. Je n’osais pas. J’ai demandé à un ami de m’aider à l’écrire, il m’a dit que toi non plus tu ne les écris pas, tes discours, alors voilà, je me suis dit que je pouvais faire comme ça. En plus je ne peux pas te donner mon nom, Monsieur le Président, parce que, tu vois, je n’ai pas de papiers, alors
c’est lui qui signe pour moi, c’est mieux.Je vais être honnête avec toi, Monsieur le Président : je ne suis pas Français. Toi tu es le plus Français des Français parce que tu es le Président, mais moi je n’ai même pas une carte d’identité. Je suis un clandestin comme tu dis. J’ai plusieurs collègues qui sont sans-papiers comme moi, mais il ne faut pas nous renvoyer
dans nos pays, Monsieur le Président, sinon qui est-ce qui construira les nouveaux quartiers de Grenoble ? Sur tous les chantiers que je connais il y a des sans-papiers, Monsieur le Président, on travaille dur, on est pas bien payés et pourtant on paye des impôts à la France.Ton pays, nous on l’aime, Monsieur le Président, sinon on serait pas venus ici, chercher
du travail, apprendre la langue, faire l’intégration… Mes enfants ils sont nés ici, ils ne connaissent que ce quartier, c’est chez eux. On veut juste une vie normale. Le problème dans ton discours, Monsieur le Président, c’est que
les gens ils vont nous confondre avec les délinquants et les voyous. Ils vont se dire : à la Villeneuve, c’est tous de la racaille ! Toi tu vis à Paris, tu imagines si on disait : les Parisiens c’est tous des dealers ? Tu ferais un discours pour expliquer que non. Moi c’est pareil. Pour finir, Monsieur le Président, je voudrais te dire : si tu ne viens pas, je t’en voudrai pas, mais est-ce que tu peux faire juste une chose ? Mon discours, ne le jette pas. Garde-le, metsle dans un tiroir de ton bureau, pour le prochain président qui arrivera après toi : peut-être que lui, il viendra. »Fait à Grenoble le 30 juillet 2010 P/O Vincent KARLE

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LIRE LES 100 AUTRES DISCOURS DE GRENOBLE:   http://www.artsdurecit.com/newsletter/concours_discours_selectionnes.pdf

A lire aussi: http://www.politis.fr/Ils-ont-imagine-d-autres-discours,18388.html

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Et vous, y’a-t-il un discours qui vous a titillé la plume plus que d’autres? D’ici que LAT nous entraîne dans un concours similaire avec à la clé un lot pour le gagnant, disons, à tout hasard…, un exemplaire numérique gratuit d’Un homme affable, le dernier roman (réussi) de Sophie Lucide, toi aussi, dis ce court…;)

 

 

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