Petite, lorsque je m’ennuyais, ma mère me conseillait de me taper le cucul par terre. « ça f’ra des étincelles ! ».
Aujourd’hui, j’ai la même sensation. Je suis une enfant qui s’ennuie comme tous les autres enfants gâtés qui ont jusqu’ici échappé à la maladie. Et face à nous : les adultes, les grands, ceux qui sont censés savoir, tiennent les mêmes incompréhensibles propos qui nous font retomber en enfance.
On est morts de trouille alors on fait n’importe quoi, on rit, on chante, on se divertit pour ne pas penser à cet inéluctable sentence qui se profile, qui se répète. Chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde. Ce truc qu’on ne veut pas voir parce qu’on est tout simplement impuissant. On ne peut l’affronter. Comment le pourrait-on ? Une guerre face à l’invisible a été déclarée. A part la technique de l’autruche, quelle stratégie adopter lorsqu’on est inutile ?
Attendre que le vent tourne en faisant le gros dos. Eviter l’anxiogène fait partie du traitement prescrit.
Alors on danse.
On sourit puisque c’est grave.
On tient.
On tient mais on en reste toujours au même point. Pétrifié. On attend le clap de fin pour poursuivre notre agitation. On se sent misérable. Juste humain. Avec cette honte de n’avoir rien vu venir, rien empêché, d’avoir accepté l’inacceptable, d’avoir fermé les yeux sur toutes les injustices qui nous crevaient les yeux. On a opté pour l’aveuglement. On s’est tu. On a participé à cette folle mascarade. On a bâillonné cette petite voix, celle de notre enfance qui nous hurlait « c’est pas juste ! »
Je me souviens d’un présentateur de JT qui avait fait ce qu’on n’appelait pas encore le buzz avec une phrase : « La France a peur ! » et celle d’un autre, un pape « N’ayez pas peur » Deux phrases creuses visant à entretenir une parano de bon aloi.
Aujourd’hui, c’est à peine si on peut prononcer le mot. Mais c’est au plus profond de moi ce que je ressens. Une peur inextinguible. Alors je l’écris en guise de conjuration. Je conjure ma peur par le ridicule. Et ce ridicule masque ma honte.

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