Sous la houlette de Tof’, notre MC de février, un nouveau recueil s’échafaude. Comme d’habitude, nous patienterons pour lire les pépites envoyées, mais pour nous perdre un peu plus en chemin, peut-être pourrions-nous échanger quelques hallus…

 
Dans l’Univers, Hubert Haddad raconte l’histoire d’un homme amnésique, recomposant peu à peu son passé  grâce au dictionnaire qu’il écrit. Et voici ce qu’il note à l’entrée labyrinthe :

 
« Au dessus de l’Altmühl, entre le Pont brûlé et le Moulin des fées, les grottes en carrières, sous les massifs forestiers, avaient une étendue considérable qu’aucun habitant de la région n’avait su déterminer. Quand je m’y perdis, un soir de chasse ou de manœuvres militaires, personne ne m’attendait vraiment au village. La torche électrique commençait à faiblir après des heures d’errance sous les voûtes grossières et je m’effrayais à l’idée d’être bientôt aveugle et sans repères, livré aux bêtes sauvages ou aux précipices. J’avais marché droit devant moi, en butte aux dénivellations, traversant parfois une tourbière, me cognant à de rudes murailles suintantes au fond d’impasses. Une partie de la nuit, je courus ou me traînai de boyaux en cavernes ; ma lampe ne projetait plus qu’une fluorescence, à peine une lueur de luciole. J’espérai mourir de l’épouvante que j’aurais d’être à jamais perdu. A la fin, suffocant, je m’efforçai de juguler un tourbillon d’émotions et de souvenirs. Immobile après cette course, dans un vertige qui enroulait les forêts et les profondeurs de la terre en une tresse d’images ascendantes, je dus perdre l’esprit sans franchir l’état de veille et m’endormir debout. C’est d’un pas de somnambule que j’échappai au piège, à l’endroit même qui m’avait vu disparaître. Une lumière d’aube m’accueillit hors du dédale. Au lieu  d’une torche, je tenais bizarrement un os au poing, quelque tibia de renard échangé avec l’ombre. »

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