Catégorie : Nouvelles

Papillon

Depuis quelque temps, il se cognait constamment aux vitres et la moindre lueur l’attirait irrésistiblement. C’est vrai j’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il mais… Pourtant, je suis une créature du soir. Je n’ai jamais aimé que la pénombre, le jour finissant dans la musique orangée de l’été, les soirs d’hiver où la nuit me tombe dessus en un souffle et les soirs d’automne sous la pluie où les réverbères ajoutent encore au grisâtre du crépuscule. Peu me plait le plein soleil brulant des journées d’été ou la lumière froide et aveuglante des journées d’hiver qui vous glacent jusqu’au tréfonds des os. La nuit n’est cependant pas mon royaume. Meme en l’évitant, il m’a toujours fallu sentir une proximité de la brulure de la lumière du jour. Peut-etre est ce pour moi la seule façon dont je peux prouver que j’existe…
C’est mon domaine, celui de la tristesse qui vous prend irrépressible car on a encore la joie du jour sous les yeux. Et je me suis toujours repu de cet état qui vous laisse tout en tremblement, en angoisse et en souffrance. Je me disais toujours qu’elle était moi, et que je pourrais comme cela donner des leçons de pleurs et de chagrin à tout un chacun. En effet nous avons tous besoin de pleurer, mais aussi tous besoin de le cacher et de le montrer et quoi de mieux qu’un coin sombre en pleine lumière ?
J’ai ainsi eu maintes aventures dans les ruelles les plus ténébreuses que vous puissiez concevoir et pourtant depuis quelques soirs, je ne peux plus me satisfaire de ces dissimulations. Il m’a suffit d’apercevoir cette fille à la jupe rouge, un soir d’été avec sa courte chevelure rousse brulante de soleil, de lui voler le sourire éclatant de ses lèvres pour la suivre partout.
Depuis, chaque fois qu’elle passe dans cette rue, je prends mon élan pour lui parler et dans mon rêve, la charmer pour l’emmener au soleil couchant du bord de l’océan. Mais à chaque fois, je me cogne à la vitre de mes peurs mais je me refrappe encore, car je sens bien qu’enfin, la vitre fondera comme mes peurs et mes prétentions et qu’avec elle je ne pourrai plus certes être le roi des soirs du monde mais simplement le compagnon de ses jours et de ses nuits.

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La rencontre

C’était une très belle journée pour un mois d’octobre, le ciel ne prévenait d’aucun nuage, il était d’un bleu clair apaisant et le soleil brillait comme jamais. Il ne faisait pas trop chaud, mais juste assez pour en profiter agréablement, les oiseaux chantaient et les gens sortaient pour exhiber leurs dernières trouvailles du marché. Les…


Zackmo – Ep.2

De mon amour des chevaux est né un club hippique, construit de mes mains sur le terrain du copain d’armée en question. Pour la première fois de ma vie, j’avais un but. Avec les maigres économies accumulées de mes soldes, j’ai pu m’acheter le minimum de matériel et un cheval. Le jour je construisais, mes nuits je les passais à étudier la comptabilité. Un haras, ça se gère. Ben oui, j’ai un CAP compta, madame. Je ne suis pas complètement neuneu malgré vos préjugés. Bref, au bout de deux ans, on peut dire que ça tournait plutôt rond notre affaire. J’ai même commencé à me constituer un petit pécule. A cette époque, j’avais cinq pouliches, trois poneys et une petite notoriété locale.

C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Emilie. Elle était si belle. Je me souviens encore comme je pouvais la regarder des heures durant chevaucher ma plus belle pouliche. Elle s’était inscrite pour quelques séances hebdomadaires. Très vite, les choses ont évoluées entre nous. J’ai ainsi découvert l’amour pour la première fois. Banal me direz-vous ? Peut-être. L’idylle a duré trois ans. Le fameux cap comme ils disent. Elle est naturellement devenue la mère de mes enfants. J’en ai deux : des filles. La vie m’était paisible, à cette époque. On avait même acheté une maison à crédit et un chien. J’avais des amis, une vie sociale. Mon haras était le plus connu de la région et nous étions cinq pour le gérer. J’avais tracé mon sillon dans cet univers que je pressentais déjà hostile. Mais c’est parti en cacahuètes dans notre couple…

Encore une fois je ne jette pas la pierre, mais la vie ne m’a pas appris à faire confiance. Alors, l’idée de déléguer même une partie de la gestion de mon affaire, c’était « niet ». Plus fort que moi. Alors je ne compatis pas les heures, les jours… Pas de week-end, pas de vacances, boulot, dodo,… j’ai délaissé ma famille. Aujourd’hui, j’ai conscience d’avoir fait une belle connerie. Je crois que ce sont mes gosses qui me manquent le plus. Mais qu’aurais-je donc à leur offrir aujourd’hui ? Ils sont probablement plus heureux sans moi.

Mon erreur fatale fut de me marier avec Emilie pour le meilleur et pour le pire mais surtout sous le régime de la communauté. Elle a donc eu 50% du haras. Entre la pension alimentaire et sa part j’ai du vendre, me séparant des deux seules choses que j’avais à peu près réussi dans cette putain de vie : ma famille et mon club.

Tandis qu’Emilie partait avec les enfants, la bagnole et le chien, décision de justice sous le bras, je me retrouvais seul dans cette maison devenue trop grande et trop chère pour moi. La séparation m’a démoli, je me suis laissé aller, embarqué par des types que je pensais être des amis. Toutes mes économies y sont passées.

Pour finir, c’est l’arrivée dans la grande ville, promesse d’une vie meilleure. S’en suit la débrouille au jour le jour, de squats en bandes de copains plus ou moins zonards. J’aurais dû demander de l’aide, il aurait été encore temps, mais sans famille c’était difficile pour moi. Je voulais m’en sortir seul ! Un sentiment stupide entre la honte et la pudeur. La lente descente aux enfers s’est amorcée et voilà comment j’ai atterri ici, sur ce trottoir. La rue m’a attrapé.

Encore une fois, en vous racontant tout ça je ne cherche pas à faire pleurer dans les chaumières, je vous ai juste planté le décor. Vous faire comprendre…

(A suivre…)

 

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Zackmo – Ep.1

Putain, quinze ans que je traîne sur ce trottoir, un bail… J’suis un de ces gars du bitume, de ceux qu’on voit l’hiver à la télé, quand l’actualité se fait molle. Le pauvre type qui dort sur un carton, juste sous le pont que tu peux voir d’ici, mais que tu te gardes bien de…


LA NUIT DE TOUS LES SAPINS

    Maman a refermé la porte, tout contre, laissant passer un simple fil de lumière pour que je ne sois pas happé par les angoisses de la nuit. J’entends ses pas qui faiblissent au cours de sa longue descente vers la maison du bas. Elle tousse puis se racle la gorge. Je la sais…


Le cimetière Iroquois

Alors, avec une rapidité incroyable, Parle-avec-les-yeux, qui avait lentement sorti son coutelas, fait un geste d’aller retour avec son bras et… la tête du serpent, détachée du reste, regarde, avec regret ai-je l’impression, son corps se tortiller en actionnant ainsi sa sonnette faite d’écailles….


La falaise du faucon

Un des loups me mordille une manche de mon tricot.
Maman, pourquoi pleures-tu ?…


La richesse d’un père

  Les enfants cueillaient des mûres au rythme de la stridulation des sauterelles qu’ils prenaient pour un chant dont ils improvisaient les paroles, la bouche pleine. Le va et vient de leurs petites mains imitant le frottement des  élytres, passait une fois sur deux par le seau en plastique déjà presque rempli. Les sourcils de…


Chroniques du ver sot : Safari en Cévennes

Après quelques virages très cévenols, me voici à Notre Dame de la Rouvière, un charmant hameau accroché aux Cévennes méridionales, à une soixantaine de kilomètres au nord de Montpellier, pas très loin du Vigan, demie sous préfecture du Gard par protection. Le but de mon déplacement est juste de faire plaisir à mon potes Jojo…


4. Le somnanscribaupinard

Le vieux Margosa tenait son quai de métro comme un capitaine de navire. De l’aube à l’aube.  Du lundi au dimanche, ou presque. Il lui arrivait, une fois par quinzaine, de quitter sa place forte pour se rendre au cimetière du Père Lachaise, rendre visite à ses morts et astiquer la tombe vide qui l’attendait…