Tous les labyrinthes mènent à la Deuch’ !


Très tôt, j’ai mesuré mon ennui à la grisaille monotone des autoroutes, supporté mes traumas suite aux périples familiaux le long de routes sanglantes parsemées de croix, de bois, de hérissons écrasés sur les bas-côtés. Je rêvais d’autre chose, d’un vaisseau magique muni de deux nageoires qui seraient aussi des ailes; d’un ascenseur pour la Lune… d’une deuch’ !

Rouler comme un vagabond, plus en bonds qu’en vagues, sur les chemins cabossés à l’horizon incertain. Apprécier l’air qui souffle sur nos dégaines, et saisir la merveille nichée toute petite entre deux plaines, entre deux peines.

Plus personne ne veut d’une deuch’ aujourd’hui, surtout pas verte. On roule en gros modèle maintenant, avec des papillons collés en autocollants sur l’aile arrière. La perversion jusqu’au bout, la volonté scabreuse de faire passer Titine pour un élément de la nature… Passons, la deuch’ n’a nul besoin d’autocollants, les papillons elle les côtoie nuit et jour, et il est inscrit LOVE sur sa plaque d’émasculation.

Parcourir les champs empreints d’un flow inédit, puis finir un soir de pluie aux abords d’une métropole, enveloppée dans sa bulle de lumière riche en nucléaire, les quatre roues désolées de« cette fausse matière », comme dit Luc Dietrich, l’asphalte, sur laquelle elles se situent.

Réalisant la domination sans condition du béton, la deuch’ ovni à la couleur de l’herbe se met à s’imaginer ce qui pourrait être fait de ce paysage – articuler les architectures urbaines et périurbaines autrement qu’en seule fonction de l’implacable logique routière sous laquelle sont nichés les gros dégueulasses qui en récoltent les deniers.

Le vroum doux et l’allure tranquille, elle parcourt malgré tout la sublime étendue des possibles, éclose d’un arbuste rare protégé par les ombrages et les marais boueux. Elle avance silencieuse, et du pot d’échappement sortent des bulles. Et l’on retrouve là le plaisir enfantin qu’aucune Porsche ou Jaguar ne saurait offrir: éclater les bulles.
Tof ‘, le 12 /06/11 et 5/07/11

Texte inédit pour Mag2ch’

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