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Quand j’étais enfant, j’ai eu de nombreux animaux domestiques : une tortue, des perruches, des poissons rouges, des chiens. Dans une première vie, la première dizaine, celle où être enfant, dans le sens apprendre à lire à écrire, à nager, je ne sais toutes les choses importantes à cet âge-là et bien n’étaient pas si primordiales, comparées au souci de survie au quotidien. Vivre dans la clandestinité sous une dictature militaire.

Rien d’exceptionnel, plus de la moitié de la population sur terre ne s’est-elle pas vue un jour expatriée, supprimée ou bâillonnée pour ses idées. La moitié ? Comme je suis optimiste ou hébété par le ronron démocratique occidental. Trois dizaines d’années de traitements antiparasites, anti-émotif, antitout danger et aujourd’hui sans savoir d’où ça vient et ça va, pour la première fois j’ai envie d’un animal domestique. Mes seules velléités dans ce domaine depuis trente ans se sont limités à l’adoption plus qu’éphémère d’une coccinelle ou un papillon.

Et là, aujourd’hui, j’aimerais avoir un éléphant. Un éléphant avec des grandes oreilles, une trompe, des pattes bien solides, une croupe épaisse. Un éléphant, un vrai. Drôle d’idée, étrange. De se lever ce matin et se dire tiens j’aimerais bien avoir un éléphant à m’occuper, me promener. C’est sûr ça nécessiterait un changement du cadre de vie. Je ris parce que je cherchais un objectif pour mes cinquante ans. Voilà ça pourrait en être un, pour mes 50 je veux un éléphant.

Tout est possible, non ?

Il doit y avoir quelque part, une éléphante robuste, travailleur, dévouée à ses petits, qui pourtant se lève certains jours avec le cœur lourd comme pierre, triste comme le granit, sans comprendre d’où lui vient toute cette mélancolie. Elle met cela sur le compte de sa vie si difficile, des menaces d’extinction de son espèce, de l’avidité des hommes, de la sécheresse et de toutes les imperfections de ce monde décoloré dans ses yeux.

Comment pourrait-elle se douter qu’elle m’est promise, que notre rencontre asséchera toutes les larmes de tristesse pour ne voir couler que la joie. Comment pourrait-elle s’en douter et accepter ses vagues à l’âme incontrôlées, irrépressibles. Aucune des raisons mises à l’avant n’apaisent pas sa culpabilité. Elle est vivante, bien nourrie, ses éléphanteaux vivent des jours heureux et sont promis à bel avenir. N’est-elle pas une miraculée ? Pourquoi ses yeux reflètent-ils une telle détresse ?

Bien sûr, tous les éléphants ont cet air triste, l’air de dire « pauvre monde », comme si leur force leur donnait cette faculté de tranquille résignation. Mais là c’était différent, elle en était persuadée.

De mon côté je suis comme cette éléphante, à l’exception que mon espèce n’est pas menacée d’extinction. Quoique rien n’est moins sûr. Il dit que la disparition des abeilles pourraient avoir des conséquences dramatiques pour l’humanité, alors celle des éléphants, je ne veux même l’imaginer. Je veux imaginer comment je devrais organiser ma vie pour pouvoir avoir un éléphant, heureux bien sûr et non pas en cage.

Je me baladerais avec lui, fière, heureuse et légère comme sur un nuage. Les gens diraient pourquoi êtes-vous venue vous installer dans ce coin paumé du monde. Je répondrais, pour un avoir un éléphant bien sur, pour que nous puissions vivre ensemble. Il m’aiderai à gagner ma vie surement, on irait faire des randonnées en forêt, je m’allongerais sur son dos et me laisserai bercer.

On dit des éléphants qu’ils ont l’intelligence de comprendre qu’être le plus fort ne donne qu’un seul droit : celui de protéger les plus faibles. C’est un bel apprentissage, je pourrais être coach avec mon éléphant.

Que de promesses !!

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