herbe Au loin, l’indien ne sourit plus.

Le scénario lui échappe ; peut-être a-t-il eu tort d’accorder une confiance aveugle aux comédiens qu’il a pourtant choisis. Il a troqué son costume d’apparat contre une chemise écarlate barrée d’une cravate noire.  Les herbes folles immaculées de sa crinière intacte et les Ray-Ban  noires masquant ses yeux rieurs marquent cœurs et esprits pour toujours. Les bras croisés sur son buste menu, il contemple le tableau qui s’offre à lui, celui-là même qu’il a offert aux autres pendant toutes ces années. Sa vie fût aussi longue qu’un roman de Robbe-Grillet, aussi exaltée que la prose de Duras…il soupire comme il sourit et fait le point une dernière fois, en vieil ours d’argent qu’il n’a pas eu cette fois la force d’aller chercher.

Hiroshima mon amour serait un bon titre pour ce roman chorale à fragmentations, mais non, c’est déjà pris, un peu trop suggestif, un rien  démonstratif. L’année dernière à Marienbad pourrait convenir tout autant mais il le rejette pour les mêmes raisons. Too much lui souffle Pawata, son alter ego au corps athlétique. C’est drôle de connaître enfin la sensation ultime de pouvoir se mouvoir dans un véhicule si abouti mais cela ne change rien finalement. Pawata acquiesce : nobody is perfect.

No body.

Entre nuit et brouillard. Etre partout et nulle part à la fois, cela pourrait sembler grisant pour le commun des mortels. Pas pour ceux ayant fondé leur existence sur cet improbable postulat. Aussi, l’armada de figurants butant les uns sur les autres dans ce labyrinthe artificiel conçu de main de maître par ce couple de bricoleurs les fait sourire encore : smoking- no smoking, c’est bien eux ! Fumeurs versus non fumeurs, la guerre ne se déclare toujours pas, ils tergiversent encore et toujours… Humains, trop humains… Les voici qui se gondolent à présent, ces vieux garnements ! Tandis qu’en bas, ils sont à deux doigts d’en venir aux mains ; et que je t’invective, et que tu prends toute la place, pousse-toi de là que je m’y mette… est-ce tragique ou simplement comique ?

La voix grave de Pawata murmure à l’oreille de son nouveau comparse : « on connaît la chanson. Depuis le début, la clé est à portée. Tous ont écarquillé les yeux devant le rond imbherbe, pas un ne s’est autorisé à aller au-delà. Comme une amoureuse susurrant « pas sur la bouche » pour mendier un baiser, ils se sont tous écrié : oh ! Un rond imbherbe ! Est-ce une providence ?  Tout comme ils s’enchanteraient d’un ricochet traçant des ronds dans l’eau. Vous ne trouvez pas cela curieux, maître ?

Le petit homme éclate de rire. « Au contraire, cher maître et cela m’enchante littéralement. Voyez-vous, la vie des humains serait si belle si elle se résumait à une simplicité que les hommes se refusent : AIMER, BOIRE ET CHANTER, un si joli programme pourtant….

Je t’aime, je t’aime.

Qui a dit ça ? Ceux d’en bas, et tous à la fois. Ils s’aiment. Et ils aiment encore plus l’amour qu’ils créent à la faveur du soir, lorsque les ombres s’enchevêtrent et qu’elles s’amusent à se distordre pour créer des formes géométriques, des cœurs roses tendre. Des chouquettes de baisers truffés de poèmes éclatant sur les lèvres.  Des images collectées d’imaginations échangées par simple plaisir d’écrire, joie de recevoir…

  Je renais, Tu renais. Alain Resnais.

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