RC 54 l’anti éclipse


Roman chorale / mardi, avril 1st, 2014

Ce matin, le sheriff Hank avait réussi à enfiler ses pantoufles en basculant directement du lit et sans regarder ses pieds; c’était un signe qui ne le trompait pas : la journée serait exceptionnelle.

Les deux envoyés du maire, J T Smith et M G Wesson, s’étaient assis dans son bureau sans attendre d’y être invités mais ça ne le dérangeait pas plus que ça : en restant debout il surplombait les deux gugusses.

Smith et Wesson étaient deux personnalités atypiques et on les surnommait « Double patte et Patachon », souvent suivi de : « Y’en a un qui a des fuites et l’autre qui prend l’eau »

Deux drôles de pistolets, en somme…

–        Sheriff Hank, d’après nos renseignements, un dénommé Akatagi roderait dans votre comté

–        Akatagi Jambe-de-grillon ? Que lui reproche-t-on ?

–        Écoutez sheriff, les questions, c’est nous qui les posons…

Hank dégluti péniblement car d’habitude c’était lui.

–        Hey les gars, si vous voulez qu’on bosse ensemble, faudrait voir à pas trop me prendre pour un jambon

–        OK, OK vous fâchez pas sheriff, excusez Smith, il est à cran.

–        Cran d’arrêt ? Hank rigole tout seul de son jeu de mots à 2$ puis semblant réfléchir, il ajoute, ouais, Akatagi, on le connait. C’est pas un mauvais bougre mais il est un peu mystérieux, étrange…

–        Comment ça étrange ?

–        Ben, il aurait tendance à répandre le bien autour de lui,  comme les amish

–        Un amish qui vous veut du bien, en quelque sorte ?

–        Ouais, mais on se demande où est son intérêt dit Wesson d’un air entendu par un sourd

–        Tiens, je vais vous raconter sa dernière, continue le sheriff, c’était en début de mois et nous devions replanter des pins suite à l’incendie de l’an dernier. Je vous passe les détails mais toujours est-il que le camion qui devait emmener trois mille jeunes plants s’est envoyé en l’air dans un ravin et nous n’avons pu remonter que deux cent trente plants de pins intacts, les autres étant détruits…

–        Ça devait sentir l’insuffisance, non ? Rigole Wesson

–        Surtout que le fournisseur ne pouvait plus en avoir pour cette année !

–        Alors ?

–        Ben, on a plantés ceux qu’on avait et j’étais en train de taper mon rapport pour le maire quand arrive notre ami Akatagi qui me dit avec son air mi-fugue mi-raison : « Si vous croyez en la bonté de l’homme, revenez demain matin et vous aurez une surprise »

–        Et ?

–        Hé bien, le lendemain matin, j’en croyais pas mes yeux ni ceux de mon adjoint : figurez vous qu’il n’y avait pas deux cent trente plants, mais trois mille… et bien plantés en plus !

–        Quelqu’un avait planté la différence pendant la nuit ?

–        Pas possible : c’était une nuit sans lune et sans l’autre. Non, c’était un coup d’ Akatagi.

–        Hein ? il avait fait la multiplication des pins ?

–        On peut appeler ça comme ça

–        Étrange et bizarre, dit Smith en se grattant la joue droite

–        Je dirai même plus : bizarre et étrange ajoute Wesson en se grattant la joue gauche

–        Attendez messieurs, je vois passer un de ses amis. Hé! Yanis! Viens me voir !

Le beau Yanis entre dans le bureau du sheriff mais tout de suite ses yeux bleus vacillent de méfiance à la vue des deux sbires communaux.

–        Dis-nous Yanis, que penses-tu d’Akatagi ?

Surpris par cette question soudaine, Yanis regarde les trois hommes qui attendent sa réponse puis, après avoir réfléchi, il se met à parler d’une voix extrêmement douce.

–        Une vérité nue est toujours meilleure qu’un mensonge habillé mais mentir pour protéger un ami est plus loyal que dire une fausse vérité pour nuire à un ennemi…

–        Damned ! s’écrie le sheriff Hank, celle là on devrait l’encadrer !

En attendant, c’est Smith et Wesson qui risquent d’aller se faire encadrer se dit-il dans sa ford intérieure.

C’est à ce moment précis que le ciel leur sert un caprice incroyable : la lumière du soleil se met à baisser au point de se croire à l’aurore; pourtant le soleil est bien là, mais il a perdu quatre vingt pour cent de sa puissance lumineuse.

Puis, sans aucun autre signe, il revient à sa luminance normale.

–        Damned ! bredouille notre brave sheriff

Ce seront les derniers mots qu’il arrivera à prononcer de la journée…

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14 réponses à « RC 54 l’anti éclipse »

  1. Dès le réveil, avoir les deux pieds dans ses pantoufles sans chercher midi à quatorze heures, c’est déjà là un grand miracle qui augure le meilleur du possible. Ce matin-là, Hank avait dû dormir en chien de fusil pour que ces deux poissons envoyés par le maire viennent lui tirer les vers du nez en ce premier avril. La multiplication des pins, la lune sans l’autre ? Un tissu de mensonge en habille un autre et l’important c’est le rire en rose qu’on pose ici et là. Partir la journée du bon pied… merci Aganticus.

    1. Les envoyés du maire seront-ils des oiseaux de mauvaise augure ? L’histoire du monde nous dit que tout se rattrape car après l’action vient la réflexion

  2. Avec le shériff qui se gratte la tête, Double patte et Patachon qui se grattent la gauche et la droite, il y a de quoi rester béat et craindre l’épidémie de la gratouille. Être témoin d’un détournement de soleil sur Détroit est étonnant, mais si le soleil fait un clin d’œil du tonnerre, c’est exceptionnel. Cela n’explique pas pourquoi les pins ont pris leur place où il le fallait. Ça en fait des trous à creuser pendant une nuit. Tout ce qui roule comme une boule est symbole pour les Indiens et le soleil est rond.

  3. Dame Ned? encore un nouveau personnage? Mais qu’allait-elle faire dans cette galère? Et que vais-je bien pouvoir inventer pour m’accrocher à cet éclair de lune qui me plonge dans une aveuglante obscurité… euh… « cette sombre clarté qui tombe des étoiles » c’est de qui déjà? bon, je vais tenter d’éteindre un peu plus la lumière de mes oscillations. Au boulot

  4. Pauvre Hank encore tout remué par son éprouvante journée, qui pourtant avait si bien commencé ! Qu’il tienne bon entre mirage et réalité entouré d’une foultitude de personnages dont le pittoresque n’est plus à prouver, contrairement à leur innocence ou leur culpabilité … Ah, mais, Sophie, et Aganticus, si vous en apportez d’autres en génération spontanée, il ne va pas tenir le choc ! 🙂 Il ne manquerait plus qu’une dame Ned et un Howy More se pointent … J’aime ce tourbillon qui nous emporte, bravo !

  5. C’est l’histoire de la nana qui voulait arranger ses affaires; elle entre chez le notaire en hurlant qu’elle voulait tirer les choses au clerc et l’autre lui répond : « Pas de pot, madame, il vient juste de sortir »…

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