Le bâton de parole parle et pique

Depuis son arrivée en grandes pompes, «  kimonoté » de soie, Slévich s’était barricadé dans sa chambre laissant seule la belle Lolita. Tous savaient qu’il jouait sur des vers ne mesurant pas les bons pieds pour ses justes langueurs. Par un semblant de hublot découpé carré dans la porte de son cachot, c’est Mme. Bates qui lui servait un plateau de nouilles chinoises et un verre d’eau de rose pour soigner ses mauvais plis et revigorer sa poésie.

Va sans dire que la jeune amante s’ennuyait ferme. Les oursons volés à Delphine ne suffisaient plus à combler ses vides du besoin des autres. Elle poussa donc l’audace jusqu’à la chambre de Mr. Child absent depuis sa fugue en sol majeur dans les églises peu catholiques de Détroit. À tâtons, dans la noirceur de la pièce, elle cherchait ce qu’elle ignorait encore. Un paquet d’émotions fortes ? Des frissons de son âge ? Aucune importance. Elle mit la main sur un cahier surchargé de vierges blanches sans titres ni sujets. Retroussant son nez fin, elle jugea insignifiante sa découverte, mais se pinça les narines pour annihiler  l’odeur du foin sauvage qui flottait dans ce réduit délabré. Sous la paillasse de l’étranger, ami de mademoiselle Marinette dite Marnie, elle récupéra une clé rouillée. Étrange découverte. Elle empocha le butin. Sur la pointe de ses talons plus hauts qu’ elle, la petite vamp sortit en balançant des hanches. Son visage affichait  des airs de chatte qui venait d’avaler le coucou de la maison. Au bas de l’escalier, elle vit la mégère Bates. Cette dernière,  ajustait ses fausses dents et ses faux seins. Un secret de polichinelle. Lolita savait toujours fouiller dans les cachotteries ouvertes aux aveugles. Seuls les biens-bons-pensants-voyants ignoraient les évidences. L’école les avait déboussolés. Sur ces pensées, elle jeta un coup d’œil sur l’œil de bœuf qui braqua à ses  yeux un autobus, qui tel une grosse poule jaune, pondait sur la pelouse,  des enfants fous braques à la douzaine. Elle prit ses jambes à son cou et dévala l’escalier pour fuir par la porte de service.

Dehors, Delphine, armée d’une baguette de chef d’orchestre, menait la parade en cacophonie sur cet air de Flamant Rose. Une brique de plus tombait sur la maison des artistes. Aucun doute, Delphine menait d’une main maternelle.

« Another Brick In The Wall (Part II)

We don’t need no education
We don’t need no thought control
No dark sarcasm in the classroom
Teachers leave them kids alone
Hey teacher leave them kids alone
All in all it’s just another brick in the wall
All in all you’re just another brick in the wall

[chorus at end by pupils from the Fourth Form Music Class Islington Green School, London]

We don’t need no education
We don’t need no thought control
No dark sarcasm in the classroom
Teachers leave them kids alone
Hey teacher leave us kids alone
All in all you’re just another brick in the wall
All in all you’re just another brick in the wall

Taken from http://lyricstranslate.com/fr/another-brick-wall-part-ii-une-brique-de-plus-sur-le-mur-partie-ii.html#ixzz2xqLYffCb  »

Au loin, je vis revenir Mr.Child et son pot. Tous deux titubant sur toute la largeur du trottoir, ils radotaient. Affolée, Marnie courut à leur rencontre. Des voisins malcommodes avaient appelé en renfort les policiers de Détroit. Faut savoir qu’à Détroit, des policiers, ne demeurent que Hank et ses bénévoles depuis que la ville a fait faillite. Beaucoup d’appels mais peu de réponses. En conséquence, Hank avait d’autres chats à fouetter depuis l’assassinat d’un artiste de rue. Le pauvre shérif  avait la CIA au cul pour résoudre ce crime crapuleux sûrement orchestré par des ennemis des USA.

Béat, Pawata, bras croisé sur son nuage, fumait avec sa nouvelle épouse : sa Marie-Jeanne. Croyez-le ou non, c’est Mr. Child qui l’a initié à cette nouvelle religion qui promet le paradis des prairies pour toujours quand on garde le joint  bien pincé sur le sourire aux lèvres pareillement à celui de la Joconde. Je respecte son choix. Celui-ci vaut mieux que Marie-Calumet.

Marinette m’inquiète. Béatrice creuse des trous, Yanis tombe dans ses filets et on apprend avec soulagement que la W.K. Kellogg Foundation verse 40 millions au DIA.

Dans tous ses états, Delphine remerciait à grands coups d’éclats de voix le bon Docteur Paul venu à son secours pour mâter à coup de «  passer-moi le pot à bonbons » tous les petits nouveaux arrivants plus sauvages que les tribus de Pawata.

Il n’en fallait pas plus pour que l’abominable Mrs. Bates sorte du manoir en hurlant des prières qu’on aurait dites sataniques.

«…

This can’t go on I must inform the lord

Can this still be real or just some crazy dream

But I feel drawn towards the evil chanting hordes » Iron M 

Prise de panique, Delphine ouvrit grande sa besace et l’aspergea d’eau salée en brandissant devant Mrs. Bates un crucifix d’argent. La démone se calma. Reprenant ses sens, elle invita toute la troupe à partager le thé dans le living room des Stones. 

Pour détendre l’atmosphère, Marnie assise devant le vieux piano branlant, sur des notes de blues, de sa voix rauque, entonna : 

« Little Girl Blue »
        «     …..

Oh sit there, ah go on, go on
And count your fingers.
I don’t know what else, what else
Honey have you got to do.
And I know how you feel,
And I know you ain’t got no reason to go on
And I know you feel that you must be through.
Oh honey, go on and sit right back down,
I want you to count, oh count your fingers,
Ah my unhappy, my unlucky
And my little, oh, girl blue.
I know you’re unhappy,
Ooh ah, honey I know,
Baby I know just how you »

Après. Un silence de mort tombe sur tous. Et je repars. À l’envers du dé-corps. Au silence des mots, des enfants pleurent en-dedans. Dans l’ombre, Lolita se cache.

Au fond de sa cuisine Mme. Bates prépare sa métamorphose. Elle descend jusqu’à la cave pour parler avec elle.

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