Le repas des noces de Gladys et John-John se déroulait parfaitement : la musique mexicaine coulait des instruments comme un miel chaloupé.

Même les chats loupés miaulaient de concert.

Pensez : Gladys la propre cousine de Marinette épousait John-John, le propre cousin du sheriff Hank.

Ha, c’était du propre !

Il faut dire que le petit village de San Cana, Nouveau Mexique, s’était mis sur son trente deux pour l’évènement.

Ce village typique, entre Santa Fé et Albuquerque était infesté de moustique car, comme ils disent chez eux : le moustique typique…

Tout à coup, l’un des chanteurs mexicains se met à pousser des glapissements aigus et toute l’assemblée a compris que ses hémorroïdes le tarabustaient :

–        Aïe, aïe, aïe, ahouuuuuuuuuu !

–        Pobrééééé Chico ! aïe, aïe, aïe ! Reprend en rythme le chœur des musicos compatissants dont la moue approbatrice confirme la douleur

–        Téééé quièèèèèèro ! Reprend le variqueux du fondement

–        Si, si, si, si, aïe, aïe, aïe ! Pleurent en canon les compagnons du malheureux

–        Putain, il doit souffrir murmure un cavalier à l’oreille de sa greluche

–        En plus il fait ça tous les soirs, lui répond la cavalière d’un ton en miette

–        Ah… Je connais un traitement susurre l’hombre en serrant sa féménina

–        Ca va, gros porc ! Tu peux te le garder ton traitement de merde !

Ah… la poésie délicieuse due aux instants inoubliables des béatitudes conviviales…

Puis, sous les applaudissements enragés de la noce, l’orchestre attaque la chanson porte bonheur des nouveaux mariés : « Coucouroucocu Paloma »

Les couples s’enlacent; les femmes disent « courou » et les maris désignés répondent « cocu ». Ce jeu a été importé en France sous le nom de « jeu de la vérité » présenté par Patrick Sabatier

« Coucourrrroucocuuuuuu » ! ! !

Un moment mémorable mitraillé par les appareils photos.

Arrive le père de la mariée Doctoré Popolé, resplendissant dans son costume trois pièces cuisine.

–        My gode, dit une cousine homosexuelle, il est encore en vie, lui ? Il ne s’était pas suicidé ?

–        Si, si, il s’est jeté trois fois par la fenêtre, lui répond une voix qui à l’air au courant

–        Il a survécu trois fois ? Quelle chance…

–        Pas tant que ça : il habite au rez-de-chaussée…

Akatagi, invité d’honneur, se repait de l’ambiance ainsi que des grands plats qui dépassent des petits.

On lui tend un plateau de fromage qu’il ne peut toucher car le cholestérol fait son œuvre dans son organisme.

–        Non merci, dit-il poliment, le fromage me dessert…

On entend alors des murmures affolés qui viennent des cuisines.

Akatagi va voir ce qui se passe et la maitresse de maison toute en larme lui avoue une chose terrible : il n’y a plus assez de levain pour faire les gâteaux et ça, ça porte malheur aux mariés…

Akatagi jauge la situation: il ne reste plus qu’un bloc de levain d’à peine cent grammes. Il le prend ainsi qu’une marmite, un broc d’eau et s’isole dans un coin de la cuisine.

Puis il revient s’asseoir tranquillement à  sa table en s’adressant à la maitresse de maison un peu inquiète tout de même.

–        Tu me connais bien ? lui dit-il

–        Ben… Dans un rêve, j’ai connu un type qui disait être ton père… Comment qu’il s’appelait déjà ? Ah oui, Pawata, mais c’était juste une vue de l’esprit

–        Tu lui faisais confiance ?

–        Oui, oui… Pour la nuit.

–        Alors crois en moi et tes gâteaux seront sauvés. Fais trois paters » et deux « avés » ensuite, dans une heure, va chercher la marmite.

Sur ces paroles lourdes de sens, Akatagi se lève et disparait de la noce.

Au bout du temps imposé, on fait amener la marmite et on ouvre son couvercle.

A la stupéfaction générale, elle est pleine de levain jusqu’aux bords.

Les gâteaux sont vite prêts et les mariés sont si près des cyprès nuptiaux qu’ils peuvent enfin s’isoler pour goûter leur nuit de novis.

Dans la région on se souviendra longtemps des noces de San Cana et de la transformation de l’eau en levain.

Pourtant, il n’y avait rien d’extraordinaire disait Lavoisier, trois siècles auparavant.

Mais dans un  coin, discret, le sheriff Hank prend des notes : c’est le district attorney qui allait être content…

 

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