J’ai pris le taxi dans la nuit pour l’aéroport de Paris Charles de Gaulle Terminal 1, embarqué sur un vol Lufthansa pour Francfort sur Main à 7 h 00 hier, escale avant de m’envoler pour Détroit Wayne County. Trois heures dans l’aéroport de Francfort, à lire City of lies d’Anton Gill, mais en traduction espagnole ; un livre que j’avais depuis longtemps dans ma bibliothèque (le prix est en francs sur la couverture). Pourquoi en espagnol ? Pour me maintenir à niveau dans cette langue ! Mais ni la motivation ni le temps ne m’avaient permis de m’y plonger, maintenant c’était fait ! Autres questions possibles : pourquoi avoir saisi ce livre-là (il y en avait d’autres), quel rapport avec mon voyage et ma prochaine installation à Détroit ? Mystère et boule de gomme, mais rien n’est innocent, sinon les apparences …

City of lies, la ville des mensonges ! Mais oui, juste ce qu’il fallait, pour me préparer ! Mis à part le fait que l’intrigue du roman transporte les lecteurs dans l’antique Egypte, il y est bien question de soupçons, de supputations, d’intrigues et de complots, de vérités cachées sous les réalités, c’est bien ce qui m’attend ! Alors, que le sage et libre scribe Huy ainsi que sa perspicace et sensible compagne Senedeb et les dieux Ra et Aton m’éclairent ! Sous la protection du farceur Pawata et l’ombre ambiguë mais bizarrement souriante d’Alfred Hitchcock, je devrai pouvoir faire face à l’imprévu, l’imprévisible, l’invisible et m’en sortir !

Pendant le vol vers Détroit, j’ai dormi pour rattraper ma courte nuit et rêvé en regardant les nuages puisque j’avais la chance d’être près d’un hublot. C’est à 14 h 00 que je débarque, contente de me sentir plus fraiche et dispose que je n’aurais pensé, suffisamment pour ne pas être ahurie et dispersée, je récupère ma valise à roulettes, je gagne la sortie … Pas de NSA ou quoi que ce soit en vue, mais un chauffeur de taxi noir que j’aperçois tout de suite, il brandit une pancarte où est inscrit ceci : « DELPHINE M. ? » ; Delphine M., c’est bien moi, je lève le bras et j’arrive à grands pas, l’homme sourit ! Je suis vernie ! Je m’attendais à un accueil plus froid. Et j’apprécie le point d’interrogation sur la pancarte, je prends cela pour de l’humour, à tort ou à raison, peu importe. Marinette, dite Marnie, ne semble pas avoir encore « percuté », -elle a en ce moment d’autres chats à fouetter, enfin façon de parler parce que Kaputch ne se laisserait point faire et manifeste une énergique indépendance-, elle n’a pas dû se rendre compte qu’en fait, si elle est Marinette, moi c’est Delphine, et j’ai vraiment débarqué ! « Qui vous envoie ? » interrogé-je après de brèves présentations. Mitch m’apprend que c’est Mrs Bates la mystérieuse.

On fait une brève pause à la « villa » désertée, le temps de déposer mes affaires dans ma chambre et de jeter au passage un coup d’oeil dans l’antichambre sans fenêtre de Mr Child, d’admirer la fresque, fantastique et onirique, qu’il a commencé sur le mur du fond, où je reconnais, entre autres phasmes et coccinelles, Pawata et Marnie, une diaphane Marie Louve que j’aimerais beaucoup voir se matérialiser par la suite, Di en Béatrice sans Dante, un Docteur Popaul aux yeux cachés sous un feutre mou, rictus aux lèvres … Juste le temps de constater que Mr Child dédaigne l’électricité pour ne s’éclairer qu’avec moult bougies, je redescends, sans avoir la possibilité de repérer le fameux rond imbherbe au dehors et je m’engouffre à nouveau dans le véhicule de Mitch (qu’on ne me demande pas la marque, je suis nulle sur le sujet), un enterrement nous attend.

Bon, je prends un air recueilli de circonstance bien que je sois envahie par les questions ; cet air recueilli me permet d’observer : je repère Marnie très entourée, de policiers, je détecte Docteur Popaul toujours enchapeauté, à moitié dissimulé derrière des cyprès, sans savoir si c’est son fantôme puisqu’on est supposé l’enterrer ou s’il est en fait bien vivant, l’avenir devrait nous le dire.

Lenaïg

 

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