Les yeux émerveillés de la petite assemblée béate d’admiration devant la sacro sainte télé et l’odeur de frite se mélangent pour former cette atmosphère unique des saloons du Michigan.

Josh, le patron du bouiboui, qu’il appelle charitablement « Amical bar », s’essuie le gras du front d’un dos de main qui ressemble à un revers lifté de Mc Enroe un jour de grande colère.

–        Putain de télé ! Putains de parasites !

Il va filer un bon coup de latte dans le meuble support et l’image restitue la tronche d’une gonzesse qui doit sortir d’un goulag vu le tsunami de rides qui se succèdent du haut du front jusqu’au bas du menton qui fut double, autrefois.

Une super blatte qui a le cafard, traverse l’écran et aussitôt une godasse anonyme vient s’écraser sur l’image qui tente de représenter un défilé de gens compressés et au bout du rouleau ; épargnée la bestiole continue son chemin diagonal en espérant rencontrer un programme de baseball pour y jouer la blatte du frappeur…

Mais la caméra de CB News continue son balayage dépoussiérant;

Dans la foule, un groupe de femelles lance des slogans hostiles à Vladimir Routine le président accroché à sa présidence depuis si longtemps qu’il a changé le R en P, et maintenant il s’appelle Poutine.

Le groupe des fémettes, des skieuses cochonnes mi putes mi soumises, proposent l’half pipe à moitié prix avec bénédiction de St Claude et double Salko arrière après paiement.

Une d’elle avait même une banderole citant un proverbe de chez elle : « Si le vent de St Valentin te bise, tu sentiras bientôt la chaleur de la braise  » et en petit, elle avait ajouté : (et tant pis pour ceux qui aiment les R)

On se croirait à Squaw Valley car en file indienne, derrière elles, un paquet de mecs cochons fait la queue en tire bouchon en faisant avec les doigts le V de vérole : certainement des ex partenaires qui savent de quoi ils grattent.

L’assemblée de l' »Amical bar » commente abondement l’évènement télévisuel quand tout à coup, la porte d’extérieur s’ouvre en grinçant : normal car ça fait belle burette que le patron ne l’a pas huilée.

En voyant le nouvel entrant, les conversations se mettent en sourdine puis se suspendent comme un vol de temps sur le lac.

L’homme est assez effrayant car un rictus ébréché lui fend la poire.

Sentant l’odeur de graillon refroidi,  ses yeux un peu exorbités semblent vouloir dicter le premier commandement : « tu ne pueras point »; en douce, quelqu’un enclenche la ventilation.

–        Hola, Norman Bates, t’as encore fumé un calumet de marie jeanne ?

Josh, le patron du bouiboui, essaye d’envoyer du mou dans l’atmosphère tendue, mais l’homme questionne:

–        Personne n’a vu Marion ?

Il tourne alors son visage qui accroche la lumière d’un seul côté, laissant l’autre dans un noir inquiétant.

–        Tu parles de cette mademoiselle Crane qui est descendue dans ton motel ?

–        Cette salope doit prendre une douche.

Norman bredouille plus qu’il ne parle puis il tourne les talons et, sans un mot, rouvre la porte et sort.

–        Coupez, c’est excellent… la prise est bonne… c’est dans la boite !

La voix autoritaire qui a lancé cette remarque est empreinte d’un fort accent anglais.

L’homme sort alors du fourbi des appareils de tournage et apparait en pleine lumière.

C’est un homme rondouillard de partout et surtout des joues, ce qui le rend sympathique au premier abord.

Un machiniste s’adresse alors à lui :

–        On peut ranger les matériel, monsieur ?

–        Off course! Répond Alfred Hitchcock, en tirant sur son éternel cigare, demain, il faudra que l’un de vous m’emmène dans le jardin de la vieille maison pour voir ce fameux cercle imbherbe dont tout le monde me rebat les oreilles. Il paraît même que certains y ont vu l’apparition d’un chef indien en train de sourire…

–        Et Dieu sait si c’est rare, un indien qui sourit, ajoute-t-il sans sourire…

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