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L’homme s’immobilisa devant cette maison si typique : elle ressemblait à un vieux manoir abandonné mais la vie filtrait à travers les soupirs des murs.

Les indications qu’on lui avait données stipulaient qu’un jardinet égayait l’entrée et qu’un puits laissait grincer un seau rouillé depuis longtemps.

–        Ho hé ! Y a quelqu’un ?

L’homme répéta sa phrase trois fois avant de s’avancer pour toquer à la porte d’entrée

–        Oui ?

Une femme coiffée d’une serviette et juste vêtue d’un peignoir ouvrit la porte dans un grincement de dedans.

–        C’est à quel sujet ?

–        Heu… vous êtes Mrs Bates ?

–        Ah non, moi c’est Coupatrèfle, quéqui veut le p’tit monsieur ?

–        J’ai une missive à remettre en mains propres à Mrs Bates

–        Mains propres, mains propres… vous en avez de bonnes : ça dépend de quand que vous allez la chopper la mère Bates… quand elle est dans le boudin, ce serait plutôt Goupi

–        Goupi ?

–        Ben ouais, les mains rouges! Comme Goupi

–        Heu… elle est souvent dans le boudin ?

–        Vous êtes du genre gland, vous : le boudin c’est comme qui dirait le sang : la barbaque, quoi ! Sans déconner, vous pigez que dalle, vous ne seriez pas un touriste qui quête ? Cochon !

–        Je… quoi ?…mais non, je suis de passage à Détroit et un ami français m’a demandé de remettre ce pli…

–        Pas de chance pour votre pli : on vient juste de repasser

–        Mais, mais…

–        Quéqu’il a le museau de tanche avec ses « mais », ici y’a pas de mais qui tienne et pis vous commencez à me gonfler grave avec votre air de pas y toucher. Vous y touchez ou pas ?

–        Mais…

–        Ahhhhh je vais m’le farcir le p’tit asticot qui qu’arrête pas de faire des « mais » comme si qu’on serait au mois de juin. Bon écoutez, mon pov’ monsieur, la mère Bates, elles est chez le sheriff du comté because qu’on a trouvé un cadavre dans l’étang d’à côté.

–        Mais… vous pouviez pas me le dire plus tôt ?

–        Mémé, vous pouviez pas me le demander ?

–        OK, je vais de ce pas chez le sheriff.

–        C’est ça ! et dites lui qu’il astique bien son étoile car ce soir c’est la pleine lune !

L’homme tourna les talons mais la Coupatrèfle l’interpela :

–        A part glandu, c’est quoi votre nom ?

–        Je m’appelle Akatagi qui est la traduction de « jambe-de-grillon »

–        La traduction de quoi ça ?

–        Ben, « jambe-de-grillon » : c’est de la langue indienne Iroquoise

–        Oh, putain ! Encore un indien ! Qu’est-ce qu’on a fait à votre Manitoo pour mériter ça ?

–        Ça quoi ?

–        Rien, on vous expliquera si vous revenez, allez barrez-vous, j’ai du taf, moi !

Akatagi « jambe-de-grillon » s’éloigna un peu de la vieille bâtisse puis, levant les mains au dessus de sa tête, ses paumes tournées vers le ciel, il s’adressa aux nuages rouges qui riaient :

–        Hooo, Pawata, mon père, dans quel monde de fous m’as-tu envoyé ?

Alors une voix caverneuse descendit du tout haut et articula d’une intonation très grave :

–        Pense à ta mission, mon fils…

Il se mit en marche mais la voix gouailleuse de Coupatrèfle le rattrapa.

–        C’est ça ! pensez-y donc, andouille !

Elle le poursuivi de ses sarcasmes jusqu’à ce qu’il en soit hors de portée.

Mais, au fait, cette femme avait entendu la voix de son père ?

–        Comment se fait-ce ? se dit-il en se grattant entre reins et mollets.

Bizarre, bizarre.

Et ce n’était que le début des surprises pour Akatagi « jambe-de-grillon ».

Le tout début…

Le fils Bates avait bien mystifié tout le monde et il s’agissait maintenant de ramener les écrivains à la raison initiale du concours : Habiter la vieille maison de Détroit.

ET, pour ce faire, d’en percer le mystère.

Akatagi se mit à siffloter : le printemps chantait dans les rues de Detroit Michigan

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