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Roman Chorale 5

Posted by aganticus on 16 janvier 2014 in Roman chorale |

  

La lance du chef Pawata

 
 

Pawata s’immobilise pour humer le vent de la plaine.

Les dix guerriers qui l’accompagnent n’ont aucune peinture de guerre, juste l’arc, le tomahawk et le grand couteau nécessaires en cas de chasse occasionnelle.

L’air fait un peu vibrer les plumes de la superbe coiffe de Pawata, grand chef des Outaouais.

Son peuple s’appelle, en réalité, les Nishnaabeg, le « peuple d’origine » ; mais les français ont décidé de leur affubler ce nom d’Outaouais qui inspirera, plus tard, le nom de la grande Ottawa.

Pawata se tourne pour scruter tous les horizons mais ses yeux perçants ne distinguent aucun mouvement si ce n’est quelques coyotes qui chassent en meute.

Pourtant, Akashonté, le shaman, lui avait assuré que des chefs anglais allaient venir ce soir avec la paix dans le cœur et, peut être, lui offrir du rhum en signe d’amitié.

Il les emmènerait ensuite assister à la grande danse du soleil où seraient réunis les chefs de la confédération des trois feux : le peuple des Ojibwas, celui des Potawatomis gardiens-du-feu, les Wyandots, les Meskwakis et bien d’autres issus de la grande nation Algonquine.

C’est pendant ce pow wow que son fils, Pontiac, allait être intronisé guerrier pour, plus tard, le remplacer comme chef et emmener les Nishnaabeg vers la sécurité des grandes plaines de chasse.

Pawata sent une douleur vive dans la poitrine avant d’entendre la détonation d’un « bâton tonnerre ».

Le souffle coupé, il aperçoit ses guerriers tomber de leurs chevaux les uns après les autres.

Il se sent glisser et ne peux se rattraper qu’à sa lance, ornée des plumes dues à son rang de chef.

Puis, tombant à son tour de son magnifique appaloosa, il plante sa lance à l’endroit où il va mourir,sans comprendre pourquoi.

En les voyants sortir de derrière un bosquet, il réalise alors que ce sont des visages pâles qui ont assassinés son groupe uniquement pour leur voler leurs chevaux et leurs armes.

Pourtant son père, le grand Katwampa « briseur-de-bisons » l’avait prévenu de la folie meurtrière des hommes blancs.

C’est après avoir rejoint ses ancêtres, dans les plaines des chasses éternelles qu’il va trouver la paix.

Son esprit va ainsi vagabonder entre la vallée où il est né et la plaine où il est mort… pendant les siècles qui séparent sa courte vie et nous qui admirons, perplexes, cette maison style manoir dégingandé, dénichée par Solucide pour y laisser une pensée.

Son esprit tourmenté de guerrier assassiné qui va assister à la construction de Détroit l’immense ville au bord du lac St Clair.

Ce même esprit malin qui va souffler des noms tels que Cadillac, Pontiac Mustang ou Cherokee dans la tête des grands constructeurs de voitures.

Mais ce que personne ne sait, c’est que c’est exactement là, devant cette maison en ruine, qu’est tombé le valeureux Pawata, chef du peuple Nishnaabeg.

Et juste devant la maison, se trouve un cercle de dix centimètres où l’herbe n’a jamais plus repoussé :

Depuis que Pawata y a planté sa lance de mort, voici quatre siècles…

 

 

 

 

 

 

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