La complainte des Geysers (extrait)

geysers

Photo: B-G

Extrait du chapitre 38 du roman de Bernard-Guy, sociologue et jazzman, intitulé « La complainte des geysers » paru en 2008, où le héros évoque le décès de sa mère …

Bernard-Guy est également l’auteur de la préface du dernier recueil du collectif LAT autour des Villes Mutantes et autres curiosités bétonnées.


C’est le moment que j’ai choisi, sinistre connard, pour tenter d’immortaliser quelques dernières traces : ayant acquis un appareil photo numérique de nouvelle technologie pour l’époque, je me suis amené un jour à l’impromptu dans sa chambrette, avec des immondes sabots de lourdaud. Coucou et hop clic-clac flash … : M’man est restée figée puis a amorcé un morne sourire retardataire pour cette prise de vue intrusive qui me démontra à suffisance sa distance sidérale d’avec nous tous … ; trois photos successives en témoignent lamentablement pour mon malheur. Non content de ce premier forfait, ayant bloqué le bidule en captation ciné sonore, je l’ai déposé sur son buffet, objectif dans sa direction … ; depuis ce jour, je n’ai plus osé regarder une seconde fois les trois quarts d’heure d’images inscrites dans la carte-mémoire, qui me feraient chialer sang et larmes sur mon inacceptable stupidité sans méchanceté … En forçant ainsi un exposé de dégradation, j’ai ressenti finalement l’impression de lui avoir volé les quelques débris d’intimité qui pouvaient encore lui subsister : irrecevable. On la voit recommencer cent fois les mêmes gestes, considérer fixement le sol, éloigner quelque chose d’invisible loin des yeux en répétant non, non … puis revenir à la pose précédente, tripatouillant machinalement sa belle broche … ; et je ne peux non plus me convaincre de pousser le bouton erase, j’aurais la sensation insurmontable de la tuer une fois encore : tu es une crapule de la vie, misérable Shémon, déteste-toi et assume !

http://contesarebours.wordpress.com/ 

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2 thoughts on “La complainte des Geysers (extrait)”

  1. Marie Louve says:

    Pas de tabous. Même la mort n’a pas de coeur. Pour ma part, j’aime ce texte qui regarde en point d’interrogation.

  2. Tof ' says:

    J’aime aussi ce texte sans concessions.
    Merci B.G 🙂

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