» Voici déjà des milliers de siècles que la terre ne porte plus un seul être vivant, et cette pauvre lune allume en vain son fanal… »

Une semaine après avoir vu  » La Noce » de Tchekhov jouée par une troupe de comédiens biélorusses, je me suis vu offrir la surprise d’aller voir  » La Mouette  » du même auteur.

Dans un décor construit selon un dispositif scénique fait de contradictions, celles des personnages, celles de l’humain, un jeu d’intérieur/extérieur, la maison abritant les failles et désirs des protagonistes et le lac, onirique à souhait, ramenant à l’enfance, s’opère un balancé permanent entre l’espoir de réaliser ses rêves et une lucidité pouvant poindre à tout moment comme une fulgurance. Des doutes et des rêves avortés mais jamais de renoncements…

Qu’as-tu fait de ta vie et de tes promesses d’antan ? Effroyable questionnement auquel chaque personnage tente de faire face à la manière qui lui est propre. On s’y frotte, s’en éloigne, on s’y fracture, s’en exaspère, mais au bout du compte, survit toujours ce délit d’espoir qui persiste comme pour n’en pas démordre, malgré les regrets dont on semble être la proie, inexorablement.

 » S’il rôde une inquiétude de la catastrophe, elle est contrebalancée par un espoir de rédemption auquel chacun croit jusqu’au bout, même lors du coup de feu final. Ce n’est ni du cynisme, ni de la morbidité, il y a quelque chose qui tient de Gogol ou de Comencini, le drame et la comédie dans un même mouvement  », explique Frédéric Bélier-Garcia, le metteur en scène.

La mouette, trônant au cœur de la scène, immobile et imposante tel un albatros, semble nous scruter, nous spectateurs, comme pour observer nos réactions… Elle sera de manière inattendue reléguée dans un coin de décor au détour d’une impulsion…

Il s’y développe également une réflexion sur l’écriture entre un écrivain à succès (l’amant) et le fils d’Arkadina qui n’en finit pas de se débattre avec ses démons… Un discours sur l’art théâtral y est abordé, fidèle aux thématiques développées de manière réccurente dans l’oeuvre de Tchekhov.

Des flots de paroles se succèdent dans cette propriété, comme pour combler le vide et l’angoisse; Arkadina, survoltée, en est l’experte…

Quant à moi, j’ai réalisé ce rêve de  » rencontrer » enfin cette grande actrice qu’est Nicole Garcia sans que nul écran petit ou grand ne s’interpose, et bouleversante dans les habits d’Arkadina,  » à la fois terrible et tellement fragile, avide de ses derniers soleils  », selon les mots de l’interprète…

Deux heures et demi sans entracte pourraient paraître un supplice, ce fut un délice qu’on aurait voulu prolonger…

En définitive, Tchekhov, je tchekhiv ! 🙂

.

Lu 211 fois

Téléchargez l'article au format