Contribution post-mag de la journaliste Hanane Harrath au #Mag7Ch que vous pouvez retrouver ici : « Les larmoiements du confinement »– Un grand merci à elle ! 🌿💖


Sitôt le confinement annoncé, comme beaucoup, j’ai commencé à recevoir des dizaines et des dizaines de liens conseillés pour traverser cette « drôle » de période sans trop de dégâts émotionnels : des cours de yoga, des articles de psychologie, des applis de méditation, des livres de développement personnel pour apprendre à composer avec un « instant présent » un peu dur à avaler. J’ai laissé ces liens défiler sur mon téléphone sans m’y attacher. Quelque chose me disait qu’il fallait laisser l’ennui venir : ne dresser aucune liste des choses à voir, lire, écouter, rattraper. J’ai réalisé que nous ne savions plus prévoir de ne rien prévoir, alors même que cette situation de pandémie qui nous brandit tous les jours ce mot dont nous avions perdu l’habitude, « incertitude », nous y pousse et nous y contraint. Prévoir, c’est supposer que nous savons ce dont nous avons besoin. Or le savons-nous vraiment ? Prenons-nous vraiment le temps de laisser l’ennui nous emmener vers ce qui doit nous rencontrer ? « Il y a un autre monde, et il est dans celui-ci », écrivait Eluard. Mais le laissons-nous seulement nous parler ?

Pour ma part, j’ai laissé ce confinement m’emmener vers une intuition ressentie depuis déjà quelques années, celle du « dépouillement personnel », un terme et un chemin que personnellement je préfère, et sans hésitation aucune, à celui de « développement personnel ». Le dépouillement, c’est ce qui permet de se détacher sans violence de tout ce que les circonstances de la vie nous ont conduits à être, pour devenir et réaliser notre nature profonde. C’est la mise à distance de tout le connu, pour découvrir ce qui est connu mais tu. Et le confinement a, je crois, servi ce besoin de dépouillement.

Dépouillement parce qu’en quelques jours nous avons vu la normalité que nous avions toujours connue s’effriter, nos habitudes disparaître comme si elles n’avaient jamais existé, des choses aussi simples que savourer le café du matin dans un bistrot, lovés dans un brouhaha qui dit la vie, ou s’engouffrer dans un cinéma parce que l’affiche du film nous appelle. Dépouillement aussi parce que nous sommes privés des interactions avec les autres, nos amis, nos proches, nos voisins, nos amoureux, nos collègues….tous ces rapports qui nous définissaient ou reflétaient chacun une petite partie de nous, comme une constellation de morceaux de miroirs dans lesquels nous nous regardons: disparus donc aussi, ou presque, survivant dans les liens virtuels auxquels nous nous accrochons. Plus personne pour nous regarder, nous reconnaître : nous devons exister par nous-mêmes et non plus à travers l’égo. « La solitude est une tempête de silence qui arrache toutes nos feuilles mortes », écrit Khalil Gibran : le confinement nous y a contraints par la force. Mais s’y soumettre est, je crois, salvateur.

Pour demain, pour l’après, pour toujours, je crois donc que je garderai la trace de ce dépouillement auquel nous ne consentons habituellement jamais, nichés que nous sommes dans la furie de la vie, et de ce qu’il m’aura appris: apprendre à s’interroger sur ce que l’on est lorsqu’on est seul, savoir désormais que la normalité peut ne plus être, et se dire tous les jours: aujourd’hui et maintenant quel genre de personne je veux être dans ce monde où je ne possède rien, finalement, ni demain ni les autres, et où, en dépit de tout, je demeure heureuse.

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