Auteur : Hélène Madec

RC 57 – ‘Y a un trou dans le mur ! » – Delphine dans le bus jaune

Pawata, en secret, a soufflé à Delphine qu’il fallait qu’elle monte dans le bus jaune des enfants délinquants et psychopathes ; ni une ni deux elle est montée, sous les sifflets, les quolibets … « D’accord, mais tu ne me quittes pas ! » A-t-elle eu le temps de lui crier, mais il lui a répondu : « Tu n’as pas…


Roman chorale – Chapitre 30 – Sonnée ? Sonnet !

« Les abeilles sont des boussoles, qui brillent comme des lucioles … » Delphine ne sait pas d’où lui vient cette phrase poétique, qu’elle n’est pas sûre de reproduire correctement, mais les mots la hantent … Pourtant, Mitch est arrivé dans son taxi, ce n’est point le moment de rêvasser, direction : la prison ! Mitch fait ses civilités auprès de Mrs Bates, toute miel devant lui. Pour un peu elle le mangerait, se dit Delphine qui en ricane intérieurement, tout en descendant l’escalier de sa chambre.

Lorsque Mitch lui ouvre la portière, des murmures et des exclamations leur parviennent de derrière un cyprès, un tremblement de l’air semble dessiner des silhouettes et Delphine croyant reconnaître Mr Child, aux prises avec des êtres très menaçants, s’affale sur la banquette, de saisissement. Mitch referme vite la portière et court se mettre au volant.

ands »Il se passe quoi, par là ? Quelqu’un a des ennuis ? Mitch, on devrait peut-être faire quelque chose, mais quoi ? » demande-t-elle. « Surtout pas, Delphie Frenchie, on se tire, et vite fait ! Plus nous serons loin, moins tu seras en danger, attends un peu, je te donnerai quelques explications … » Delphine, qui sait maintenant où se situe le fameux rond imbherbe, jette un coup d’oeil : il est là, aussi nu et hermétique que possible, rien n’en émane.

Un peu plus tard, Mitch lui apprend qu’il faut qu’elle se méfie de Mr Child, qu’il sait qu’elle connaît son ébauche de fresque secrète et que cela ne lui plaît pas du tout, qu’il a pour le moins une double personnalité, que son autre moi se nomme El Niño et qu’il n’a rien d’angélique. Il lui révèle par ailleurs qu’une BATTLE est prévue, à grands coups de sonnets entre les grandes pointures de la communauté d’écrivains, qui n’est pas encore au complet, et que tous les coups seront permis ! Mais qu’elle ne s’inquiète pas trop, tout en restant sur ses gardes, il a le bras long, il veillera sur elle tant qu’il le pourra et il n’est pas le seul, Marnie a elle-même donné des ordres à ce sujet.

Delphine par réflexe contre le maëlstrom annoncé, choisit l’humour et s’écrie : « Sacré Mitch, je m’en doutais, tu n’es pas qu’un chauffeur de taxi ! » Puis elle se penche, la veste de Mitch est ouverte, la crosse d’un pistolet (une arme à feu en tout cas) pointe son nez. Elle ne rajoute rien, partagée entre l’effroi et l’envie de se rassurer car en Amérique, bien des gens sont armés. « Ce n’est pas faux, Delphie, mais tu n’en sauras pas plus ! » Alors, Delphine change de sujet : « Dis donc, Mrs Bates t’a drôlement à la bonne ! Elle te regarde avec des yeux de fried herrings ! » « Hééé oui », soupire Mitch, « elle en pince pour moi depuis longtemps, je crois bien qu’elle ne se l’avoue même pas ! Tu penses, cette pure WASP lady ne conçoit pas de frayer avec un noir, convenances obligent plutôt que racisme … Mais c’est tant mieux parce qu’elle ne m’attire pas du tout et moi j’aime ma femme et mes gamins ! »

Le reste du trajet, ils se taisent et comme Mitch auparavant a mentionné le fait que Mr Child attend impatiemment l’arrivée du Grand Mukya et qu’en France elle a été l’un des élèves d’atelier de celui-ci, elle se focalise sur l’idée de la bataille de sonnets, elle en compose un dans sa tête :

Ah, ‘faut faire un sonnet ? J’en construis un joli
Et j’irai jusqu’au bout, soit-il un sonnet d’âne
Et je me l’écrirai, sans l’horrible tisane
Qui rend le Niño fou, mais visionnaire aussi …

Je vois son ambition, le plan qu’il a choisi,
Tristesse je ressens car je sais qu’il me damne
Pour mieux me stimuler ; pas question d’une panne !
Et je dois retenir ce qui n’est pas écrit.

Pour bien l’écrire après, bien le restituer,
Me dépêcher avant de me faire tuer.
Cri ténu sur ordi, dernier sursaut ou spasme.

Qu’on m’élimine ou pas, d’apercevoir l’aura
Du grand Mukya Slévich rien ne m’empêchera.
Je subirai son fouet, vivante ou ectoplasme.

Brusquement extraite de sa songerie, Delphine suit Mitch jusqu’au parloir de la prison, s’étonnant de la facilité avec laquelle on les laisse entrer, Mitch semble y avoir ses entrées. Quand elle se trouve nez à nez avec sa grande soeur Marnie, l’émotion est trop forte, la tension antérieure explose dans des effusions et des pleurs incontrôlés. Marnie est égale à elle-même et sa propre émotion passée, la voilà qui fulmine : « Qu’est-ce que tu es venue foutre ici ? Tu es trop naïve, tu ne tiendras pas le coup ! » « Elle est bonne, celle-là, Marnie, c’est toi qui m’a fait parvenir le dossier d’inscription au projet, donc je suis là, un point c’est tout ! Mais ton pseudo ne m’a pas permis de comprendre immédiatement que c’était toi ! » « Oui, bon, pareil pour moi ! C’est fait, c’est fait, je compte sur toi maintenant aussi. Tu as mes cigarettes ? »

Marnie déclare qu’il n’est pas question qu’elle cherche à sortir de la prison pour le moment, elle y est en lieu plus sûr qu’ailleurs et elle va pouvoir y travailler en paix. « Reviens quand tu peux, p’tite soeur, tes visites me feront du bien. »

Lenaïg

 

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