Roman chorale – Chapitre 30 – Sonnée ? Sonnet !

« Les abeilles sont des boussoles, qui brillent comme des lucioles … » Delphine ne sait pas d’où lui vient cette phrase poétique, qu’elle n’est pas sûre de reproduire correctement, mais les mots la hantent … Pourtant, Mitch est arrivé dans son taxi, ce n’est point le moment de rêvasser, direction : la prison ! Mitch fait ses civilités auprès de Mrs Bates, toute miel devant lui. Pour un peu elle le mangerait, se dit Delphine qui en ricane intérieurement, tout en descendant l’escalier de sa chambre.

Lorsque Mitch lui ouvre la portière, des murmures et des exclamations leur parviennent de derrière un cyprès, un tremblement de l’air semble dessiner des silhouettes et Delphine croyant reconnaître Mr Child, aux prises avec des êtres très menaçants, s’affale sur la banquette, de saisissement. Mitch referme vite la portière et court se mettre au volant.

ands »Il se passe quoi, par là ? Quelqu’un a des ennuis ? Mitch, on devrait peut-être faire quelque chose, mais quoi ? » demande-t-elle. « Surtout pas, Delphie Frenchie, on se tire, et vite fait ! Plus nous serons loin, moins tu seras en danger, attends un peu, je te donnerai quelques explications … » Delphine, qui sait maintenant où se situe le fameux rond imbherbe, jette un coup d’oeil : il est là, aussi nu et hermétique que possible, rien n’en émane.

Un peu plus tard, Mitch lui apprend qu’il faut qu’elle se méfie de Mr Child, qu’il sait qu’elle connaît son ébauche de fresque secrète et que cela ne lui plaît pas du tout, qu’il a pour le moins une double personnalité, que son autre moi se nomme El Niño et qu’il n’a rien d’angélique. Il lui révèle par ailleurs qu’une BATTLE est prévue, à grands coups de sonnets entre les grandes pointures de la communauté d’écrivains, qui n’est pas encore au complet, et que tous les coups seront permis ! Mais qu’elle ne s’inquiète pas trop, tout en restant sur ses gardes, il a le bras long, il veillera sur elle tant qu’il le pourra et il n’est pas le seul, Marnie a elle-même donné des ordres à ce sujet.

Delphine par réflexe contre le maëlstrom annoncé, choisit l’humour et s’écrie : « Sacré Mitch, je m’en doutais, tu n’es pas qu’un chauffeur de taxi ! » Puis elle se penche, la veste de Mitch est ouverte, la crosse d’un pistolet (une arme à feu en tout cas) pointe son nez. Elle ne rajoute rien, partagée entre l’effroi et l’envie de se rassurer car en Amérique, bien des gens sont armés. « Ce n’est pas faux, Delphie, mais tu n’en sauras pas plus ! » Alors, Delphine change de sujet : « Dis donc, Mrs Bates t’a drôlement à la bonne ! Elle te regarde avec des yeux de fried herrings ! » « Hééé oui », soupire Mitch, « elle en pince pour moi depuis longtemps, je crois bien qu’elle ne se l’avoue même pas ! Tu penses, cette pure WASP lady ne conçoit pas de frayer avec un noir, convenances obligent plutôt que racisme … Mais c’est tant mieux parce qu’elle ne m’attire pas du tout et moi j’aime ma femme et mes gamins ! »

Le reste du trajet, ils se taisent et comme Mitch auparavant a mentionné le fait que Mr Child attend impatiemment l’arrivée du Grand Mukya et qu’en France elle a été l’un des élèves d’atelier de celui-ci, elle se focalise sur l’idée de la bataille de sonnets, elle en compose un dans sa tête :

Ah, ‘faut faire un sonnet ? J’en construis un joli
Et j’irai jusqu’au bout, soit-il un sonnet d’âne
Et je me l’écrirai, sans l’horrible tisane
Qui rend le Niño fou, mais visionnaire aussi …

Je vois son ambition, le plan qu’il a choisi,
Tristesse je ressens car je sais qu’il me damne
Pour mieux me stimuler ; pas question d’une panne !
Et je dois retenir ce qui n’est pas écrit.

Pour bien l’écrire après, bien le restituer,
Me dépêcher avant de me faire tuer.
Cri ténu sur ordi, dernier sursaut ou spasme.

Qu’on m’élimine ou pas, d’apercevoir l’aura
Du grand Mukya Slévich rien ne m’empêchera.
Je subirai son fouet, vivante ou ectoplasme.

Brusquement extraite de sa songerie, Delphine suit Mitch jusqu’au parloir de la prison, s’étonnant de la facilité avec laquelle on les laisse entrer, Mitch semble y avoir ses entrées. Quand elle se trouve nez à nez avec sa grande soeur Marnie, l’émotion est trop forte, la tension antérieure explose dans des effusions et des pleurs incontrôlés. Marnie est égale à elle-même et sa propre émotion passée, la voilà qui fulmine : « Qu’est-ce que tu es venue foutre ici ? Tu es trop naïve, tu ne tiendras pas le coup ! » « Elle est bonne, celle-là, Marnie, c’est toi qui m’a fait parvenir le dossier d’inscription au projet, donc je suis là, un point c’est tout ! Mais ton pseudo ne m’a pas permis de comprendre immédiatement que c’était toi ! » « Oui, bon, pareil pour moi ! C’est fait, c’est fait, je compte sur toi maintenant aussi. Tu as mes cigarettes ? »

Marnie déclare qu’il n’est pas question qu’elle cherche à sortir de la prison pour le moment, elle y est en lieu plus sûr qu’ailleurs et elle va pouvoir y travailler en paix. « Reviens quand tu peux, p’tite soeur, tes visites me feront du bien. »

Lenaïg

 

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12 thoughts on “Roman chorale – Chapitre 30 – Sonnée ? Sonnet !

  1. Les retrouvailles et des révélations troublantes. Pour le Chaman, il marche sur vos ombres. Delphine prépare sa plume à sonnets malgré la cruelle perspective du fouet du maître Mukya. Une bataille de plumes en vue. Pawata en a plein la coiffe. Bravo pour ce morceau du puzzle à construire.

  2. Coucou Marie Louve, contente de te lire. Allez, que le chamane s’incarne, j’ai hâte de le voir intervenir en blonde excentrique qui trompe son monde, au volant de sa Cadillac, comme tu me l’avais évoqué au téléphone. Non ? Que Pawata plus emplumé que jamais intervienne aussi, histoire de brouiller les pistes et … hé hé de faire un contrepoids à … l’ambition démesurée de Mr Child quand il sort son double ravageur El Niño 😉 ! Que Béatrice lui fasse tâter de sa face Christal ! Que la BATTLE se fasse sur plusieurs fronts, le sonnet d’un côté, la prose poétique ou fantastique ou humoristique de l’autre, etc, etc !

  3. Hi,hi la belle blonde vamp, pire qu’une tornade, est au volant d’une superbe Buick rose bonbon ou barbe à papa. Je déclare forfait devant les sonnets du maître. Le fouet pour moi, c’est couru d’avance. lol

  4. Ayayaie ! C’est vrai que la Cadillac est plutôt réservée pour les sugars daddys et qu’elle aurait pu se faire prendre pour Elvis qui seul en a une rose. C’est pas comme Yanis qui préfère conduire la voiture rouge de Christal, Cris ! Une bataille de sonnets ? Ouf ! Christal aurait été mieux dans une bataille d’oreillers, mais toi tu l’as l’affaire. Christal espère juste ne pas donner de misère au grand Maître et qu’il sera patient avec elle. Elle ne sait pas encore ce qu’est un sonnet. Elle ne connait que le serpent à sonnettes qui sait seulement faire la cloche ding et dong.

  5. Bonjour mesdames. Une BATTLE of sonnets, c’est ce que le terrible Niño fomente, car il attend l’arrivée du grand maître ! Et rappelons-nous l’enjeu : que la demeure de Détroit soit à nous au bout de deux ans si nous avons fait nos preuves ! Mais un roman est un roman, la prose ne va pas se laisser ainsi écarter ! Ne cherche pas plus loin, Di, à moins que tu y tiennes, il y a tant d’autres riches moyens d’expression que le sonnet quand l’inspiration est là … Mr Child ne s’est pas encore manifesté, c’est lui qui orchestre tout cela mais je crois qu’il ne me contredira pas si j’émets que ce serait bien que la dimension policière continue à se développer, genre enquêteurs concrets contre gangsters déjantés, ou vice versa selon les cas …

  6. Hi hi, Mrs Bates, telle que je la vois, est une WASP (white anglo saxon protestant, protestante, blanche et anglo-saxonne), une wasp en anglais est … une abeille … boussole peut-être mais brille-t-elle comme une luciole ?

  7. Tabernak! Il faut espérer que Pawata, qui est farouchement contre toute forme de guerre, ne va pas y laisser trop de plumes et quitte à sonnets les cloches autant ne pas choper le bourdon.
    Merci Hélène pour cette vision futuriste…

  8. Mr Child n’orchestre rien du tout, et n’a incité personne à se prendre d’affection pour quelque serpent à sonnets que ce soit. J’aime bien l’enthousiasme, mais je m’attendais à un dialogue plus long entre les deux sœurs. Heureusement le sonnet présent vient mettre un peu de piment… Mais il ne faudrait pas négliger non plus l’enquête 😉

  9. Salut à vous, Aganticus et Mr Child ! Tu n’orchestres rien, Mr Child ? Alors, tout le monde orchestrera à tour de bras ! Delphine s’attend déjà au pire mais ne sait pas de quelle direction il viendra. Elle non plus elle n’aime pas la guerre et elle meurt d’envie de connaître Pawata pour s’imprégner de l’esprit de la prairie et des grands espaces qu’elle n’a jamais visités, elle voudrait s’en faire un allié ! Mr Child, je me doute bien que tu attendais plus de la rencontre Delphine/Marinette, ou Delphie/Marnie, mais j’ai été timide, je n’ai pas osé en faire plus (en fait, c’est tout ce que mon imagination m’a fourni). Peut-être que Marnie donnera sa version, plus … heu vive et colorée … Un souhait, alors, aussi : plus d’interactions entre les personnages …

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