PROMO LASSITUDE

Par Baptiste Roux

Au coin d’une nationale, épris d’achats divers, j’assèche mon véhicule dans l’hyper saturé. Aux sorties des villes mondes sur des banlieues bretelles, l’autoroute à dépense garnit ses longs parkings. Vague tropique de néons clignotant des noms propres ; dans des dalles bétonnées de commerces à tout faire, s’affichent gondoles en tête des packs de 2 en 1. Dans des allées conquises par d’innombrables soldes, lave-brosse et sèche-cravate s’empilent à prix bas. Des cons multicolores s’ennuient à renseigner de mornes salariés affublés d’idées fixes. Proliférant en grappes, des chiards basketophiles picorent des colorants et des queues d’abrutis s’enfilent tout un samedi, des cadis pré-remplis à stocker au freezer. Anémié par l’enjeu, je décide à mi-course de briser mon élan et file m’arabiser dans une vague épicerie, payant ma liberté au prix d’un coffre-fort.
Je vaque en locataire dans ma banlieue dortoir, attendant le jour fleuve de ma rentrée bancaire, le joli mois de mai est devenu précaire et mon compte agiotique rase le fond de mes poches. Mes rêves d’adolescent s’enrhument à tour de bras et le présent m’accuse d’un retard de paiement. Je fixe mon avenir tel un myope en goguette. Alunissant soudain dans un bar déserté, un serveur gras et mou m’y sert un alcool fort, triturant mon billet comme on plastronne un col. J’avale mon désherbant et flanque mon verre au zinc, repartant vers l’ennui saucé par les degrés. Je vise le cul d’une conne trottinant dans sa jupe et ravale mon envie sitôt elle disparaît.
Sur mon canapé lit, je m’englue de télé, des tennismen hargneux se renvoient des balles jaunes, accumulant les sets en sautillant de joie. J’ai le regard gracile d’un veau à l’abattoir, j’accumule les images, les traites et les mélanges, sans plus de réflexion qu’un poste de triage. Les jours passent en rafales, se répétant sans frasque, ne variant que de date pour compter mes années.
Les émetteurs clignotent, m’informant sur le monde préchauffé d’une planète en dix minutes chrono. Un journaliste heureux enfile sans trop y croire des infos monocordes sur un monde en sursis. Gonflé de vague à l’âme, mon ventre s’engraisse et mue, s’adonnant sans détresse à mes repas lipides.
Du jour où j’en rêverai, je soulèverai mon cul et hurlerai vengeance. En attendant, je piaffe dans un nid tout confort, attendant l’avènement d’une utopie grotesque.

Retrouvez l’entretien Coup d’LAT avec Baptiste Roux ICI.

 

 

Lu 24 fois

Téléchargez l'article au format

One thought on “PROMO LASSITUDE”

  1. solucide says:

    du pur blaba! j’adore évidemment et j’adhère fatalement comme le ventripoté reste scotché au canapé simili l’œil torve et la pensée shamalle. Mais vengeance, ça ressemblerait à quoi? un défilé soso? même le colère s’enraye sur les réseaux.
    C’est très musical je trouve, bravo!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *