ou « Les pendaisons d’une crémaillère » . 

On le voit : l’été, c’est l’automne. Profitez de la pluie pour retrouver en temps réel une nouvelle fiction en LATence, déjantée et musicale. C’est le grand jour de la crémaillère, et Soluside (prononcez Solusaïïde) espère bien réussir sa pendaison et réunir les siens autour d’un grand projet qui leur tient à coeur…

The LA(S)T Team

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Préambule : L’Appel des Troupes

       Quelques années s’étaient écoulées depuis la dernière fringale qui avait réuni la famille au complet. C’était quand le château du Plumart existait encore, trois semaines avant qu’un incendie ne vînt tout réduire en cendres. L’affaire avait été classée sans suite, alors même que l’on ignorait la nature du fait : accident ou crime, chacun avait sa petite opinion sur la question. Depuis, restés sur leur faim, tous étaient repartis à leur vie respective, ne manifestant plus leur lien de plume qu’à travers de rares échanges à distance. Jusqu’à ce fameux jour d’été où le soleil soudain reluit…

Ce jour-là, à Tremblay-sur-Love, l’automne estival de Vernino fut vexé par un rayon de soleil trouvé par son fils dans la boîte aux lettres.

– P’pa… P’pa ! Il y a une lettre pour toi !

– T’es sûr ? J’ai pas reçu de lettres depuis qu’on a Nordine …

– Mais tu reçois des factures tous les jours !

– Merci fils de me rappeler ce qui fait les p’tits bonheurs d’mon quotidien… Allez, montre-moi ça de plus près…

Sensible à la texture délicate de l’enveloppe qu’on aurait dite cousue au fil de soie, Vernino se para de la même délicatesse pour en extraire ce qui s’avéra être un carton d’invitation. Un grand logo bleu comme une orange composé de trois lettres y figurait, accompagné d’un message manuscrit.

– C’est une invitation de la marraine…

– Tante Solu?

– Figure-toi qu’on est conviés à sa crémaillère…

– La crémaillère de quoi?

– C’est ce que j’aimerais bien savoir. Elle ne précise rien, juste qu’elle nous attend demain.

– Demain? Mais je pars en colo!

– Oui, et j’ai un enregistrement de prévu… ça tombe plutôt mal, mais j’peux pas manquer ça: ma deuch’ me manque, j’aime pas les tanks, et cette invitation c’est l’occasion unique d’un nouveau lien à tisser, d’une nouvelle ère à brasser, le temps des froids à réchauffer et des foudres à dissoudre… C’est la fin de la mascarade, la fin des embuscades, demain on s’ love, gosse!

La même invitation parvint à chaque membre de la famille, jusqu’à Berlin où Bablatte était en pleine séance de modelage podologique lorsque son jeune stagiaire éphèbe, Dynamite, lui remit la missive. Doté de lunettes à effet 3D, il se concentra sur le message formulé. Le « LAT » lui sauta à l’oeil comme un précepte à décrypter. Il râla.

– Qu’est c’est t’y qu’ a encore piqué not’ Solu ? C’est quoi ce LAT ? Lait à traire ? Laine à tisser ? Litres à tiser ?

Très vite convaincu par Dynamite, à qui il ne pouvait rien refuser, Babl’ connecta son I.Phone au site de Berlin Airport où il réserva un billet pour le soir-même.

Azis et Riana Ma, elles, étaient en pleine séance de marathon des sens dans le désert quand elles trouvèrent la même enveloppe près d’un mirage. Lorsqu’elles découvrirent l’invitation, elles se lancèrent dans une danse ayurvédique dans le but de puiser quelques forces nécessaires.

Quelque part au cœur de La Défense, Zacko était en pleine réunion de négociation, et exposait son dégoût des méthodes de néo-management qui se déployaient depuis quelques temps dans bon nombre d’entreprises et de dites associations ; il agitait dans son discours une enveloppe qu’il n’avait pas encore ouverte. La réunion terminée, une blonde pulpeuse lui demanda qui était l’heureuse élue, en pointant d’un regard acerbe l’enveloppe qu’il tenait toujours en main. Il prit connaissance finalement du contenu, une fois tranquille dans les toilettes des bureaux. Pour la première fois depuis plus d’un an, il éternua.

Au Québec, le soleil offrait à Picotic et Mamie Louve l’opportunité de se redorer leurs blousons, cependant que dans un trou du cul du monde, Crotof’ contemplait un automne plein de bourgeons.

Moins de vingt-quatre heures avaient suffi pour que les siens reçussent sa précieuse invitation. Soluside n’avait oublié personne. Elle pensait à Honabab, espérant que le courrier lui fut remis selon ses conditions, mais également à Strip qu’elle avait vu par webcam la veille encore mais à qui elle n’avait rien dit au sujet de sa surprise.

Elle était sûre d’elle : ce projet allait marquer l’avènement et l’unisson de sa fratrie au pays de l’édition numérique. Mais un truc la tracassait : elle n’avait aucun moyen de joindre Abill, une fois de plus, et se demandait s’il valait mieux éviter de requérir l’aide de quelques compères ou au contraire les alerter au risque de reproduire le même feuilleton qu’il y eut quelques années, lorsqu’elle se vit livide en réalisant que l’écriture de sa pièce de théâtre avait provoqué des disparitions inquiétantes, comme celle de son gyabo de frère Sévice.

Cette fois-ci au moins, nul tracas fraternel de ce genre, elle était sûre qu’il répondrait à sa demande. Et pour Abill, après tout, elle verrait bien. Le plus important pour elle était que chacun s’attendît à une banale crémaillère, pour mieux apprécier ensuite  les projets qu’elle avait à leur dévoiler, mieux valoriser ce qui allait être en fait l’inauguration officielle de LAT, le nouveau château flambant reuch’ qu’elle venait d’acquérir en vue d’édifiantes éditions…


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