Un artiste sans chevalet

Un artiste sans chevalet

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Jeudi 14 février 2013. Invitation au vernissage de six artistes au Loft, sorte de grande pergola aux allures d’un triptyque architectural. La présence de l’un d’entre eux, faisant le buzz sur la toile avec ses vidéos de Transfiguration, suscite à l’avance mon intérêt. Le traditionnel verre à la main, j’observe médusé les œuvres de l’artiste, sculptures, lithographies.

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Je perçois ici ces oeuvres comme des pièces venant peupler la Demeure du Chaos, comme extraites de cet univers  »transfigurant » et avec lesquelles l’on peut s’attarder, que l’on peut approcher, appréhender, apprécier. Les sculptures sont autant de créatures en lesquelles une part de nous-même  »transfigure », et venant occuper ce  »théâtre de la cruauté » auquel Olivier de Sagazan* se réfère. Gratifié d’un échange avec l’artiste, j’évoque rapidement Bacon, référence majeure dans son univers, pour m’attarder sur Artaud. La mise en œuvre artistique du théâtre et son double, déployée notamment à travers les performances,  m’intrigue…

Il m’apprend -pardonnez ma naïveté- que le déroulement d’une performance, par la gestuelle et le rapport au corps enduit d’argile, n’est jamais prémédité. À travers cette danse compulsive de l’argile, le corps présente au fil des gestes un changement, une défiguration, une transfiguration. Rien n’est épargné, y compris la vue qui se voit altérée, puis empêchée. Comme aveugle, l’artiste procède, tel qu’il me l’explique, comme un enfant en mouvement, un enfant dans la vie. Bien qu’intéressé au plus haut point, l’échange s’interrompt au moment d’évoquer l’enfance. Frustration…

Plus loin, je rencontre une autre artiste; Anne Caillaud vient exposer pour la première fois. Assise discrètement sur un fauteuil, elle nous parle de ses peintures exposées avant de nous présenter une lithographie planquée dans une chemise cartonnée. Sorte de trompe-l’oeil, une femme aux courbes sensuelles laisse apparaître à travers sa posture un visage d’ombre difficile à saisir. Un heureux hasard pour l’artiste qui affirme qu’elle aurait pu travailler sur ce visage s’il avait été découvert à temps. J’y perçois une similitude avec les visages de Sagazan, flagrante notamment dans les yeux emplis de nuit. Je me promets de revenir vers ce dernier pour lui suggérer d’aller voir cette lithographie.

Le temps s’écoulant au rythme du vin bu et des œuvres vues, je me laisse porter par d’autres univers: les photos de Didier Carluccio prises dans des maisons de retraite et suscitant un étrange sentiment, entre apaisement et angoisse, les peintures de Do Fournier qui me font penser à Gauguin, celles très élégantes de Sylvie Danto ou de Dominique Leroy; enfin celui, imprévisible, d’un enfant présent occupé à dessiner quelques smileys a priori sans grande originalité. Je n’avais pas vu l’incroyable diversité des visages dessinés, un monde de smileys en tous genres, certains recopiés, d’autres imaginés, et que l’enfant m’offrit de manière inattendue au détour d’un fou rire… Mais que je ne manque pas, quelques minutes plus tard, de transfigurer à mon tour en renversant maladroitement quelques gouttes de vin rouge. Mon amie s’en amuse.  A défaut d’une litho, je repars avec l’œuvre de l’enfant sans chevalet.

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* http://nefdesfous.free.fr/

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One thought on “Un artiste sans chevalet

  1. Il est toujours intéressant de lire ton regard porté sur les oeuvres que tu nous présentes par tes commentaires éclairés et ton analyse ouverte sur le monde de l’art. Tu es reparti avec le cadeau d’un enfant. Tu n,as pas pu retenir ce vin qui te liait aux traces de son geste. bises.

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