Papillon


Bakasablelat, Nouvelles / mardi, juillet 8th, 2014

Depuis quelque temps, il se cognait constamment aux vitres et la moindre lueur l’attirait irrésistiblement. C’est vrai j’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il mais… Pourtant, je suis une créature du soir. Je n’ai jamais aimé que la pénombre, le jour finissant dans la musique orangée de l’été, les soirs d’hiver où la nuit me tombe dessus en un souffle et les soirs d’automne sous la pluie où les réverbères ajoutent encore au grisâtre du crépuscule. Peu me plait le plein soleil brulant des journées d’été ou la lumière froide et aveuglante des journées d’hiver qui vous glacent jusqu’au tréfonds des os. La nuit n’est cependant pas mon royaume. Meme en l’évitant, il m’a toujours fallu sentir une proximité de la brulure de la lumière du jour. Peut-etre est ce pour moi la seule façon dont je peux prouver que j’existe…
C’est mon domaine, celui de la tristesse qui vous prend irrépressible car on a encore la joie du jour sous les yeux. Et je me suis toujours repu de cet état qui vous laisse tout en tremblement, en angoisse et en souffrance. Je me disais toujours qu’elle était moi, et que je pourrais comme cela donner des leçons de pleurs et de chagrin à tout un chacun. En effet nous avons tous besoin de pleurer, mais aussi tous besoin de le cacher et de le montrer et quoi de mieux qu’un coin sombre en pleine lumière ?
J’ai ainsi eu maintes aventures dans les ruelles les plus ténébreuses que vous puissiez concevoir et pourtant depuis quelques soirs, je ne peux plus me satisfaire de ces dissimulations. Il m’a suffit d’apercevoir cette fille à la jupe rouge, un soir d’été avec sa courte chevelure rousse brulante de soleil, de lui voler le sourire éclatant de ses lèvres pour la suivre partout.
Depuis, chaque fois qu’elle passe dans cette rue, je prends mon élan pour lui parler et dans mon rêve, la charmer pour l’emmener au soleil couchant du bord de l’océan. Mais à chaque fois, je me cogne à la vitre de mes peurs mais je me refrappe encore, car je sens bien qu’enfin, la vitre fondera comme mes peurs et mes prétentions et qu’avec elle je ne pourrai plus certes être le roi des soirs du monde mais simplement le compagnon de ses jours et de ses nuits.

Lu 807 fois

Téléchargez l'article au format

2 réponses à « Papillon »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.