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Un nouvel automne

Posted by Pierre WATTEBLED on 25 septembre 2018 in Bakasablelat, Poésie |

Un nouvel automne.

Notre vie entière nous sommes confrontés

Aux cycles naturels des grands renouveaux :

Chacun enfante des futurs annoncés ;

Rasante clarté embrase les rideaux.

Un rayon fixe le seuil des lendemains :

L’homme ne sait vivre sans perspective ;

L’automne l’étonne ,arrivant un beau matin,

Craque sous les pas de l’âme admirative.

Tu les vois flamber, ces couleurs qui s’effacent :

Arbres perdant leur feuillage flamboyant ;

Puis l’histoire des saisons s’éteint et passe

La mort, sur le sol, s’accroche aux pieds des passants.

La métaphore ne tient qu’au spleen de l’instant :

L’âme s’insurge qui n’y voit que sommeil…

L’or des primevères quand revient le printemps,

L’éclat en ses yeux quand il s’éveillera.

Temps de méditations, qui fondent l’espoir,

Viendront griffonner ces quelques noms de fleurs,

De roses en rose ou en rouge, au cahier du soir

Tandis qu’un feu ronflant réchauffe le cœur.

Notre vie entière, nous sommes confrontés

Aux cycles naturels des grands renouveaux :

Chacun enfante des futurs annoncés ;

Rasante clarté embrase les rideaux.

Pierre WATTEBLED- le 23 septembre 2018.

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La nuit de Noche

Posted by Pierre WATTEBLED on 25 septembre 2018 in Bakasablelat, Humour |

La nuit de Noche.

Il est des instants mémorables dans une vie, et qui sont aussi des examens de passages. Et n’allez imaginer le plus facile,par exemple ces échanges furtifs dans une Simca 1000. Soit, c’est dit !

Présentement, je vais vous raconter la nuit de Noche et Nunuche.

L’union officielle étant célébrée, passons rapidement à l’ultime palier. Un grand coup de pied dans la porte et voilà Noche qui dépose rapidement le colis sur le lit. Nunuche s’en amuse énormément. Ouf ! J’ai fait ça dans les normes dit Noche s’épongeant le front, enfin je le crois.

  • Bien sûr que si…Noche, affirme Nunuche. Puis elle ajoute allègre, en se déshabillant, au diable les froufrous les dentelles.
  • Noche, dit-elle haletante, j’aime cet endroit où nous nichons.Là au moins ce ne sera pas le levier de vitesse qui nous perturbera. J’aimerai aussi que tu me fasses l’amour comme si c’était notre première nuit que tu me pousses l’hymen avec douceur.Et d’ajouter encore : «  tu es d’attaque au moins ? ».
  • Attends que je t’enlève mes chaussettes, pis tout quoi, tu vas vite vivre ta nuit de Noche.
  • Je devine, je devine…elle se dilate la mignonne
  • C’est un mats sans voile prêt à fouiller les abysses de ton océan, lance Noche avec emphase.
  • C’est exactement ça, Noche, je sens monter en mon ventre comme une tempête dans un verre d’eau.
  • Je n’en demande pas tant dit Noche, nous avons toute la nuit devant nous.
  • En un éclair la main impatiente de Nunuche déchire la dernière armure, dévoile le poteau rose.

    Câline, elle se livre au jeu du « calotté, décalotté ». Noche excité : « prends ton temps Nunuche si tu veux consommer la pièce montée.

  • Dis-moi Nunuche…et si on la faisait plus romantique pour marquer le cou ,qu’est-ce t’en dis ?

    D’accord, mon Noche, pour autant j’espère que t’as plusieurs balles dans le barillet.

  • Houais ! Qui dit l’homme.
  • Et pour le romantisme, c’est ton affaire mon poète. Ce disant, elle fait le grand écart en position dorsale, découvre un pubis lisse et tatoué, tellement improbable, une vraie enseigne commerciale du nom de: « la boîte à plaisirs »

Et Noche qui lance sa tirade :

«  Qu’il serait honteux pour quiconque d’en franchir le seuil sans honorer d’un baiser la rose délicate aux portes du palais ! »

Ainsi dit, aussitôt fait : Noche s’emploie en kamasoutrant sans précipitation, son moteur a des ratées, l’émotion le submerge, sa tête dodelinant devient lourde et le voilà piquant du nez sur la rose. Nuche ne le réveillera pas. Il a dit qu’il prendrait son temps. Et donc d’ici là !

Mais, il n’est pas bien de regarder par le trou de la serrure. Bref, nous n’en saurons pas plus sur la nuit de Noche et Nunuche, ca restera secret ….

Pierre WATTEBLED- le 25 septembre 2018.

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Préface aux Villes mutantes

Posted by le Collectif LAT on 12 août 2018 in Essais |

Préface de Bernard Guy au recueil collectif LAT Les villes mutantes et autres curiosités bétonnées à lire ICI.

Je n’aurais sans doute jamais écrit un seul mot dans LAT, non que je m’en détourne volontairement mais tout simplement parce que nos trajectoires ne se croisent pas, d’ordinaire : chacun sa sphère de création et d’action … Mais les rencontres réciproques, lorsqu’elles partagent, sont toujours belles et enrichissantes, n’est-ce pas ?
C’est ainsi qu’un jour, je tombe sur une image publiée dans un autre univers que le mien, par un ami lointain … Cela me parle, je suis concerné et je commente, faisant part de mon impression, de mon émotion, de mon sentiment et de mon expérience à cet égard par ces quelques mots simples et spontanés que je jette un peu comme au flot la bouteille contenant quelques mots rapidement griffonnés, condamnée sans aucun doute au roulis éternel. « Je suis toujours aussi fasciné par les « abandons » de ce genre, hantés de pesants fantômes qui ressassent les illusions perdues des Hommes… Du Machu-Picchu au haut-fourneau de la sidérurgie défunte, des fonds de mers aux plus hauts sommets, j’y ai sans doute réalisé sur des pistes improbables mes meilleurs clichés, loin des autoroutes touristiques ; des images qui n’ont nul besoin de légende pour s’exprimer envers ceux qui partagent ce sentiment étrange »… Et, après lecture, contre toute attente, mon ami me demande si j’accepte d’illustrer partiellement le projet que voici à ma façon …
Passé le moment de surprise, je réponds modestement « volontiers » … mais pas d’image car le temps me manque pour fouiller dans mes ‘archives photos’ vu les délais, juste quelques mots qui viennent du cœur , oui bien évidemment ! … Voilà comment, voilà pourquoi … Quatre tours du globe, de multiples missions et rencontres sous toutes les latitudes et au coin de ma rue m’autorisent à vous dire ceci … Pour toute entreprise humaine – et bien qu’inévitable – « la fin » est un pas difficile à franchir, qui laisse parfois de belles traces, souvent tragiques, toujours muettes mais assourdissantes pour qui écoute dans le détail comme en perspective le Temps des Hommes qui passe … Les choses ne s’arrêtent pas toutes par de mêmes causes, pour des raisons identiques et d’ailleurs : où se trouve la raison là-dedans ? C’est bien l’irrationnel qui gouverne tout ça, non pas tant qu’on ne puisse pas l’expliquer mais bien qu’on y soit arrivé un jour et que cela se passe néanmoins, malgré nos capacités cérébrales de prévision, notre … longue « jurisprudence » sociétale qui devrait nous faire flairer l’échec à venir et tout tenter pour l’éviter …
Bien sûr, le cataclysme anéantit tout, sans prévenir ou presque, nous laissant des ruines qui plaident douloureusement pour le repos des âmes comme à Pompéi ; les navires coulent sous l’ouragan, les maisons s’envolent dans les cyclones, sans oublier les légendes : l’Atlantide, les villes englouties, les cités que condamna l’ire des dieux créés par les humains, les Sodome et Gomorrhe…. Mais surtout … Les Précolombiens décimés par la très catholique Conquista … Avant eux : Carthage et Caton qui la veut rasée … Bien après, Coventry bombardée à en devenir un mot commun signifiant l’éradication, et Dresde sous le feu allié qui lui répond…
Et encore les rues vides d’Oradour, les baraquements et les fours d’Auschwitz ; l’observatoire mutilé, symbole du feu nucléaire sur Hiroshima … Plus près de nous : les tentes envolées des camps pour réfugiés et exilés d’Orient à l’Afrique ; partout, les charniers de la honte, véritables mausolées de la mort qui accusent … En ces temps de prétendue crise, mon engagement de vie m’interdit d’oublier toutes les friches industrielles hideuses qui lézardent le miroir aux alouettes du système où se fatiguent les cris poussés par les orphelins du travail digne. La liste est inépuisable, de la folie humaine : lieux abandonnés, ces vestiges épars sont là pour la désigner … Par bonheur, tout « abandon » n’est pas synonyme de catastrophe car l’Homme est ainsi fait : laborieux ou instinctif, il vit, façonne, crée, veut laisser un témoignage de son passage furtif, livrer un relais, un message même …
Seulement voilà : à ce jour, on n’a déniché qu’une seule pierre de rosette et le Champollion qui déchiffrera tous les signes de présence intelligente et communicante passée ( et à venir ) n’est pas né, loin s’en faut : le mystère sera long sinon éternel, survivant sans doute à l’extinction humaine et chaque jour l’alourdit de nouveaux vestiges pour les générations futures – s’il en est – qui ne comprendront peut-être rien aux dépôts nucléaires dégageant tant de radioactivité, aux fossiles de chars figés dans le désert, aux derricks rouillés, aux menaçantes mises en garde barbelées séparant les deux régimes coréens, que sais-je : les exemples pullulent …
Les lieux abandonnés sont fascinants : ils parlent, murmurent, pleurent ou se taisent ; tout dépend de celui qui écoute … Si toutefois quelqu’un écoute …
Car l’abandon d’un « lieu » se déploie aussi au futur présent et sans doute de manière plus froide et anonyme : ces milliers de profils interrompus sur facebook, espaces numériques subitement et définitivement figés sur un avatar sympathique ou un statut insouciant mais d’un coup, éternellement impérissables dans le gigantesque cimetière informatique ; les commentaires s’espacent puis désertent de jour en jour, évoquant implicitement, sans jamais le confirmer, une issue dramatique pour tel ou tel titulaire virtuel que l’on ne connaîtra jamais dans la vraie vie …
A partir de 1972, la NASA a envoyé des sondes d’exploration assez particulières dans l’espace, dont certaines parcourent désormais l’univers au-delà de notre système solaire …
En effet : quatre d’entre elles portent un message « mathématique » à la fois complexe mais déchiffrable selon des clés supposées simples, tentant de nous définir, de nous présenter à une éventuelle intelligence extraterrestre…
Dans 40.000 ans, l’une d’elles abordera la banlieue d’une étoile, environnement susceptible de compter des planètes dites « telluriques » et non « gazeuses », c’est-à-dire éventuellement réceptacles d’éléments constitutifs de la Vie, selon d’aucuns …
Ces robots spatiaux, témoins à la fois minuscules mais probants, qui survivront peut-être à notre bref passage temporel dans l’histoire de l’univers, resteront-ils à jamais des « lieux définitivement abandonnés » qui erreront en vain jusqu’à l’extinction éternelle de Tout ou bien feront-ils l’objet, en un spatio-temporel à venir, de spéculations inimaginables quant à leur origine et leur signification ?
Bernard-Guy, sociologue et solidaire, jazzman, romancier et imagier …
PS : Avec toute mon amicale estime pour ce très beau projet numérique à qui je souhaite ardemment de n’être jamais «abandonné » …

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L’ASCENSEUR CELESTE

Posted by le Collectif LAT on 23 juillet 2018 in Bakasablelat, Essais |

Par Air Nama – Extrait du recueil collectif LAT : « INCARNATION »

J’abandonne mon corps dans un champ d’herbe drue et de fleurs sauvages et multicolores, traversé par un ruisseau clair et abondant. Le love dans une bulle protectrice et laisse un instant non défini dans l’espace temps.
Je monte, je monte, je monte.
Dans l’ascenseur céleste, je le surveille et le vois rapetisser.
Je monte, je monte, je monte.
Mon corps, le ruisseau et le champ ne sont plus qu’un point minuscule. Alors dans ce nouvel espace j’ouvre grand mes oreilles. Je suis comme pendue au bout du fil, en attente. Et d’un coup je prends conscience de ma peur si jamais j’entendais quelque chose. Punaise, j’aurais une trouille bleue. Ce n’est pas que j’ai peur des ascenseurs, mais celui‐là quand on m’en avait parlé j’avais ri à en avoir mal au ventre. Bon faut dire que la fille elle avait vu descendre Marie en ascenseur. Une crise de rire mémorable.
Comme je n’étais pas prête à entendre ou voir quoi que ce soit, j’ai ressenti. Je me sens la bienvenue. Je suis attendue et accueillie. Je ressens une bienveillance et un amour infini. Ils sont heureux de ma venue et me le font savoir en emplissant
tout mon être de leur amour et leur joie.
Mon cœur bat à la chamade, les larmes coulent sur mes joues.
Patients, compréhensifs, compatissants et sûrs d’eux, ils attendent que je sois prête à les entendre. Ils sont heureux, je suis venue, j’ai su trouver le chemin. Je saurai revenir. La prochaine fois… Je suis bouleversée par cet accueil et leur hospitalité.
Se sentir aussi attendue et désirée quelque part, waouh !! Cela vous change la vie.
J’ai réintégré mon enveloppe terrestre avec la ferme attention de retourner les voir bientôt. Juste prendre le temps d’inscrire
dans mes tissus une telle révélation. Et découper dans mes jours, dans les rêves des petits bouts d’astral.
Ne pas oublier leur invitation. L’ascenseur céleste existe, je l’ai emprunté.
Merci, Merci, Merci.
Heureuse, confiante et pleine d’enthousiasme, je repars pour un voyage astral. Je les retrouve toujours si aimants, attentifs et généreux. Clairvoyants aussi.
Avec toute la tendresse de l’univers, ils tapent dans la cellule sur cette pierre noire de tristesse et de chagrin enfouie au plus profond de moi. Ce petit caillou que je m’évertue à emmurer brique à brique depuis toujours. Tout le monde naît avec sa part de chagrin. Je ne sais pas ce que chacun en fait, moi je l’ai muselée et enfermée.
Parfois, elle parvient à se frayer un chemin et inonde mes joues. Je mets ça sur le compte d’une mélancolie inexpliquée, colmate la fuite et remonte le barrage avec la rigueur et l’entrain du castor. Une vie entière à emmurer un chagrin, voilà avec quoi je reviens. Je peux vous dire que je n’ai plus trop envie de faire des tours d’ascenseurs. Je vomis ma joie. J’ai des hauts de cœur. Je baisse les bras et laisse l’eau envahir tout mon corps, rompre les digues, diluer les certitudes. Les yeux bleus
délavés, je pleure à gros sanglots comme je ne me rappelle pas avoir jamais pleuré. Je ne savais même pas qu’on pouvait pleurer comme ça. Je ne suis plus qu’angoisse. Je ne dois pas m’inquiéter, il paraît que ça va passer, que je vais aller mieux.
C’est le processus de guérison.
Incarnez‐vous qu’ils disaient, Incarnez‐vous !!
En,ombres chinoises, je danse avec grâce. Dans cette auto‐contemplation de mon intérieur, les pieds cette fois‐ci ancrés dans la terre. Profondément, je canalise les énergies. Les forces de vie pénètrent mes tissus, percutent mes chairs, la chaleur circule et éveille chacune des cellules. Je vis. De cet édifice, je connais la solidité des fondations, ses appuis solides,
la beauté de chaque pierre. Une intuition éprouvée laisse libre cours à la circulation des énergies, au raz de marée.
Sans autre choix que de prendre mon chagrin en considération, j’ai foi en la décrue. Acceptation de toutes mes particules.
Liberté.
Les barrières sont levées, les dessins des frontières s’estompent, restent les différences. Celles qui créent l’unité d’un monde pluriel, créateur, fertile.
L’amour comme moteur de vie, carburant du mouvoir quotidien. Un amour‐humour un peu particulier, surprenant.
Du bout des lèvres je me mets au service de l’amour. Mais doucement hein !

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LITTLE SONG FOR TRIXIE

Posted by Enfant de Novembre on 25 mars 2018 in Chansons |

Cantique unique

Trixie sensuelle

Ainsi soit-Elle

~

D’extras extases

Trixie sexuelle

Rose et pollen

~

Psychédélik

Trixie charnelle

Peau caramel

~

Sexy son blaze

Trixie dentelle

Sous la fontaine

~

Listen my little song

For Ziggy &  »Trixie Rose »

Trixie Rose

~

Happening mystique

Trixie métisse

Universelle

~

La mydriase

Trixie délice

En porcelaine

~

Barock, beatnik

Trixie se tisse

Un univers

~

Puis sans emphase

Trixie s’éclipse

Belle et sans chaîne

~

We know the road is long

For Ziggy &  »Trixie Rose »

Trixie Rose

~

~

T’, 2014

~

 »Ceci est mon sexe » de Claire Barré – Hugo:Roman

http://www.hugoetcie.fr/Hugo-Roman/Catalogue/Ceci-est-mon-sexe

http://www.livresatelecharger.com/actualites_livres_a_telecharger/ceci-mon-sexe-putain-d-pied-denfer/

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A Voix Haute #1 – « La nuit d’août », Dominique Gabriel Nourry

Posted by le Collectif LAT on 11 mars 2018 in A Voix Haute, Poésie |

Dominique Gabriel Nourry, « La nuit d’août »

– Variations sur le thème des « Nuits » d’Alfred de Musset

 

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épars

Posted by Enfant de Novembre on 28 octobre 2017 in Epistolaire |

épars

(boule au bide et bile en bad)

 

… pour D.

 »Avant nous, les heures étaient élastiques. »

Timothée de Fombelle, Neverland, 2017

Bon, OK, tu es parti, et cette fois pour de bon. OK, ça fait dix jours que je chiale comme un nougat, dont cinq à me foutre en plus des grosses claques tellement je me sens con d’avoir cru que…, d’être encore là, ici-bas, avec un cœur qui bat quand le tien… OK, c’est ta décision – et non ton ‘’choix’’ ! OK, me voilà à me plaindre depuis des jours, avec le cœur lourd et la boule au bide, la bile en bad, sans savoir comment exprimer cette putain d’étrange sensation que je n’avais encore jamais ressentie. Un ami m’a parlé de ‘’sacré bordel émotionnel, le cœur et l’esprit comme dans une lessiveuse à fleur de peau.’’ On y est ! Paumé dans un désarroi, j’y côtoie la colère, la tristesse et la culpabilité, le tout enveloppé dans une brume de mélancolie qui m’éreinte et me déroute. Schéma somme toute classique du deuil, il paraît.

Je revois le corbeau venu frapper contre la vitre de ma chambre avant de se poser dans l’arbre juste en face. C’était quelques jours avant… Il voulait me prévenir. C’était à moi de l’écouter. A moi de t’écrire, de t’appeler, de te voir et te sortir de tout ce merdier !

Au lieu d’un geste définitif, tu aurais été accueilli comme un dieu dans mon humble temple à loyer modéré, où nous aurions voyagé dans le temps, refait le monde, imaginé d’incongrus horizons ! …

J’ai plein de questions en suspens, de choses à te dire, à te montrer, un livre à t’offrir. D’autres lieux où t’emmener, avec nos souvenirs communs en toile de fond…

T’emmener à Concarneau, dont tu es amoureux.

Aller te voir jouer au théâtre, que tu désirais reprendre.

Tu as éteint la lumière, autorise-moi à garder allumée cette bougie qui éclaire ces mots que je tente d’aligner, au bout de cette main qui tremble…

Tout tremble.

Mon corps-plume pèse deux tonnes, un vrai poids lourd ! Les réveils sont laborieux, je lutte pour sortir de sous ma couette. Je travaille mais l’esprit sans cesse occupé à d’autres ailleurs. J’ai des phases contradictoires et le monde qui m’entoure est agressif, froid, sans toi -mais j’y décèle d’autant mieux les bonnes ondes et d’où elles viennent…

Mon médecin chinois acupuncteur va avoir du taf, quand je vais le revoir. J’attends beaucoup de cette séance à venir. Il m’est déjà arrivé de somnoler et de me sentir partir lors de certaines séances, le corps en rééquilibrage sous les effets des aiguilles et de la musique de fond. J’ai déjà entendu des voix, mon médecin m’a même parlé par télépathie alors qu’il était dans une pièce à côté ! J’te jure !

J’ai pas eu le temps de t’en parler, je voulais t’emmener chez lui, entre deux balades dans nos lieux préférés. Pas eu le temps de te parler de nos projets communs que je commençais à nourrir. Pas eu le temps de prolonger nos idées, nos folies, pour en faire un trésor… Pas eu le temps de te parler de mes nièces. De mes lectures du moment, du livre d’une écrivaine chamane dont je t’ai déjà parlé, t’inviter à nous intéresser ensemble à cette pratique qui me fascine. Tu adorais les extraits d’un de ses romans que je t’envoyais par sms. On échangeait nos ressentis…

Je fais quoi, maintenant ?

J’essaie de commencer à négocier avec la vie, après la brève idée stupide de venir te rejoindre. Pourquoi aller te rejoindre, puisque je sens bien que c’est toi qui ne nous quittes pas ?!

Tu m’habites.

Depuis quelques mois je guettais avec appréhension une radio de prévention. L’anesthésie générale, ce grand trou noir, m’inquiétait. Depuis, je me suis dit qu’il se passerait là-bas, dans cet ailleurs anesthésié, quelque chose d’important. Le seul truc que je sais, c’est que je me suis réveillé euphorique et en pleine forme, me suis mis à parler à mes voisins patients… qui dormaient encore.

Et l’autre soir, une amie m’a fait la rejoindre à Trentemoult, après le boulot. Évidemment, je me suis perdu dans les rues colorées de ce village de pêcheurs, où les murs sont tagués à l’effigie de la paix et de tous les enfants du monde. J’ai finalement retrouvé mon amie devant un resto de bord de Loire, nous avons parlé, ri, pleuré. Nous nous sommes enivrés, elle d’un cocktail sans alcool parce que dans trois mois elle donne la vie, et moi de deux cocktails à base de gin. Et dans l’ivresse, je t’ai senti, mon frère, la partager avec moi, avec nous. Quand je buvais cette potion, tu la buvais aussi…

Paradoxalement, dans cette grande absence définitive, tu es Omniprésent.

Tu es dans mon esprit, tu es dans mes yeux. Tu es dans mes gestes, dans mes sourires. Dans chacun de mes pas, dans ce qui fait tenir encore mes semelles déchirées.

Tu es dans chaque goutte de pluie qui m’arrose, dans chaque souffle du vent. Tu es dans le bruissement des feuilles, tu es dans le battement d’aile de la mouette qui vole au-dessus de moi, dans celui du corbeau qui a la couleur de tes cheveux.

Tu es dans une éclaircie entre deux tempêtes, dans un silence entre deux rires, deux sanglots…

Tu es dans mes pensées, dans mes petites voix intérieures avant de m’endormir, celles qui par leur chant recousent ce que les cris des Méduses déchirent en moi.

Tu es dans mes rêves, dans mes sursauts.

Tu es dans nos lieux préférés, tu es à l’endroit-même de notre dernière photo -dernier selfie à Duchesse Anne-, de notre dernière bise, notre dernière clope, trois jours avant ce putain de premier tour de présidentielle !

Tu es dans le fil de notre correspondance par mails, où je continue de t’écrire et de répondre à tes silences ; vu de l’extérieur, cela pourrait ressembler désormais à un monologue, ou à la folie d’un homme dont on croit qu’il parle seul.

Tu es dans mes larmes chaudes qui semblent infinies et maquillent mon visage, renforcent mes cernes. Tu es dans mes cernes, dans le reflet du miroir.

Dans mes yeux ouverts, sur la rétine. Dans mes yeux fermés, entre les phosphènes.

Tu es dans les mots que j’écris, dans les murmures que je t’adresse.

Tu es dans la rosée des aurores, tu es dans le ciel étoilé. Tu es dans la source qui m’abreuve, dans l’eau que je bois. Tu es dans la vague et dans l’écume, dans le flux et le reflux, dans le rayon de soleil qui me réchauffe de la peau jusqu’aux entrailles, dans le vent du soir qui me procure un frisson.

Tu es dans mes frissons. Dans mes souffles et mes essoufflements.

Dans mes ivresses, dans mes désirs. Dans mes étreintes et dans mes quintes.

Dans la flamme de ma bougie, dans la suie et le diamant.

Tu es dans la poudre dorée des papillons d’automne qui effleurent l’âme.

Tu es dans l’écorce des arbres et dans l’humus vital, dans le pollen qu’embrassent les abeilles.

Tu es dans un jardin fertile où tu m’attends, peuplé de roses, de sages et d’enfants.

Tu es au cœur du cœur de mon être, de celui de ceux qui t’aiment. Au cœur du monde et du cosmos où, de toute évidence, nous sommes reliés.

Tu es partout en moi, et partout hors-de-moi.

Je te guette, quand tu me sens.

Quelqu’un de précieux, l’autre jour, a débloqué quelque chose par le seul pouvoir magique des mots quand ils sont justes : ‘’Ne culpabilise pas, c’est toxique et inutile, ce qui est fait est fait, on ne rebâtit pas le passé. Tout est enseignement…’’ Alors, j’ai pu tenter de rassembler mes pensées éparses.

Tout est enseignement. J’ai à apprendre, entre autres, à être mieux attentif aux signes, aux coïncidences exagérées, pour reprendre le titre d’une autobiographie de Hubert Haddad sortie dans la période-même où nous avons repris à tisser le lien. La quatrième de couverture dit : ‘’C’était un 17 septembre, à Paris. Hubert Haddad avait vingt ans. Debout sur le rebord de sa fenêtre, au quatrième étage d’un immeuble de la rue Pastourelle, complètement nu, il allait se jeter dans le vide. Un jeune homme est entré par hasard juste à ce moment-là, un ami. Il est allé vers lui, et, à la manière d’un ange, il a su trouver des mots simples pour le détourner de ce geste qui lui aurait été fatal. »

C’était un 18 septembre. Tu avais vingt-deux ans, et le pauvre diable que je suis aurait quand même, pour une fois, voulu être un ange…

 

 

l’ampu-T’

 

  • merci à A., Claire, Eno&Sha, Isabelle, J.G, JM, Kaloup, K-ro, M., Patrick, Sophie,

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Chapitre 3 : 27 minutes et 3 corbeaux

Posted by Bengel B. on 21 septembre 2017 in Nouveau roman chorale |

Mon amie me connaît si bien. Même quand elle me fait faux bond, elle sait me charmer.

0’00 Le Quartet No 16 Op 135 en F majeur de Beethoven dans les oreilles, j’entame une longue marche de 27 minutes comme elle me l’a préconisé. Je n’ai pas réfléchi à la direction que je devais prendre, et j’ai suivi le hasard : un vélo accroché à un feu tricolore a attiré mon regard amusé et c’est par là que je suis allé. Je n’ai pas trop l’habitude de marcher avec des écouteurs dans les tympans, cela perturbe mon équilibre, ma gravité. Mais porté par le rythme endiablé du chef d’œuvre musical, je me sens léger et vois la mobilité des passants et des voitures comme une danse immense magnifiquement coordonnée. Un ballet où humains et robots sont en harmonie les uns avec les autres. Comme un cosmos né du chaos urbain, et dont je n’ai d’autres choix que de rejoindre… ou que de fuir pour ne pas perturber ce bel équilibre. Je marche de plus en plus vite, au rythme des pensées qui envahissent mon esprit. Des pensées en vrac. Joyeuses. Un corbeau me suit, l’air de rien, voguant d’arbre en arbre.

11’24 Jusqu’au doux interlude aux violoncelles qui oriente mon esprit vers plus de recul. Un brin mélancolique, je m’apitoie sur le sort d’un chien-spaghetti planté au milieu du trottoir, et dont les yeux sont aussi défoncés que ceux de son maître. Ce dernier porte de superbes dreadlocks, et a semble-t-il voulu faire son chien à son image… Je culpabilise : ai-je vraiment raison de me trouver ici, alors que tant de projets inachevés m’attendent en France ? Ne vais-je pas en décevoir certains, par mon absence et ma propension à, encore, remettre au lendemain, au surlendemain, ce que j’aurais dû déjà terminer ? Le temps n’est-il pas si cruel pour que je me permette ce genre de luxe ? Un deuxième corbeau me survole de près et engage un virage à gauche, me faisant bifurquer de mon intention initiale.

20’29 La reprise enjouée du Alban Berg Quartet me fait me ressaisir. Le soleil me réchauffe la peau, l’air devient meilleur à mesure que je m’éloigne des grandes avenues. J’avance à vive allure. Je me trouve non loin du quartier populaire de Kreutzberg, où vivent d’importantes communautés – turque, kurde, homosexuelle, punk, bref le monde ! Je m’achète trois beureks, spécialités turques au fromage. Puis me retrouve devant la Urban Spree Gallery, où m’accueille un gigantesque champignon bleu. Je pense à un champi hallucinogène, et j’ai l’impression que dans ce contexte survolté, les notes de Beethov’ ont sur moi le même effet. Un troisième corbeau rejoint les deux premiers, qui continuent de m’observer du haut de leurs arbres. Il s’engouffre dans le lieu énigmatique. Je pénètre dans ce qui s’avère être une véritable mini-ville. Un choix de rues désertes s’offre à moi. Un labyrinthe comme j’aime ! J’y déambule comme ce petit chat argenté conçu en bas d’un mur et portant un cœur plus gros que la tête. Les trois corbeaux me suivent. Ils sont beaux… Je passe devant des squats collectifs, où se regroupent des artistes, des jardiniers adeptes de la permaculture, des gens partageant des valeurs communes… On appelle ça des Wohnprojekt. Non loin, un lieu d’exposition équipé d’une boutique pour touristes est investi par un artiste chinois qui, en live, procède à une fresque murale effectuée sous l’effet d’une danse surréaliste et magnifique. Quand je reviens à l’entrée de ce village coloré, au pied du grand champignon bleu, je m’assoupis tandis que la musique touche à sa fin.

Un cri strident me sort de mon sommeil. Un cri semblant venu d’ailleurs, somme de plusieurs voix qui auraient fusionné.

– On est lààààààààààààààààààààà…

Quand j’ouvre les yeux, je vois l’amie Sophie, dédoublée. Puis en triple. Mais le visage de ses clones n’est pas le sien. Il me semble reconnaître, chez le premier, le visage de Claire, notre amie commune, et chez le second celui de Zack, qui porte la même coiffure et la même chevelure brune-corbeau que les deux autres.

Spontanément, je pouffe. Puis je suffoque, et prends peur…

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Chapitre 2: Muss es sein?

Posted by solucide on 24 août 2017 in Bakasablelat, Nouveau roman chorale |
Tout en marchant, je me souvenais de ma première rencontre avec mon amie, sur le campus de la fac. Nous avions assisté au même cours sur Mallarmé dispensé par un prof qui avait réussi à capter notre attention. Nous en avions parlé ensemble un moment et puis, subitement, rougissante elle m’avait soufflé à l’oreille  » jamais lu Mallarmé » Moi non plus! Nous avions comblé ensemble cette lacune dès que le fou rire fondateur de notre amitié fut dissipé. La bière rendrait-elle nostalgique? Ou bien est-ce Berlin qui rappelle par tous ses pontillés dessinés partout, ce que nous étions, ou ce que nous aurions pu être?
J’étais à l’heure devant le portail du numéro 19 de la Wienerschnitzel Strasse, je tenais une sacrée dalle mais mon amie n’était pas là. Une gentille vielle dame au chignon immaculé merveilleusement travaillé me tendis un I-Pod bleu:  » Sind Sie Herr Tofafecuneapostrof’? » avant de partir comme si de rien n’était.
« désolée, Tof’, un imprévu de dernière minute m’oblige à te faire faux bond très momentanément. Ecoute-moi  ce chef d’œuvre en attendant, mon ami et continue de marcher pendant  27 minutes. Muss es sein? JA, es muss sein! A plus tard « 
https://www.youtube.com/watch?v=UqgNDsSNDkU

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Les Soleils neufs – Maxime N’Débéka

Posted by Enfant de Novembre on 12 août 2017 in Nos lectures |

Maxime N’Debeka, né le 10 mars 1944 (73 ans) à Brazzaville, est un auteur dramatique, metteur en scène, conteur et poète congolais. Il est ingénieur des télécommunications de formation, formé dans une école de cadres au Sénégal. Il est directeur de la culture et des arts de 1968 à 1972, il co-organise le premier Festival des arts au Congo et fonde en 1969 le Centre de formation et de recherche d’art dramatique (CFRAD) de Brazzaville. Il est exilé intérieur (1972-1975) puis il s’exile en France après qu’un de ses poèmes, Le Président, a servi de « cri de ralliement lors de manifestations contre le pouvoir ». Il retourne au Congo en 1993, et travaille comme ingénieur, puis devient ministre de la culture (1996-1997) avant de s’exiler lors de la guerre civile du Congo-Brazzaville en 1997. Il réside en France avec sa famille.

Entretien pour Africultures le 10 mars 2015. Extraits :

Maxime N’Debeka. « Le recueil Soleils neufs réunit quelques textes écrits de 1960 à 1968. Les tout premiers ont même été présentés par le Centre culturel français dans une plaquette (Poèmes maigres et aigres) en 1966. On m’a consacré poète, puis poète révolutionnaire, très tôt, trop tôt. Le pays et l’époque avaient sûrement besoin d’une voix singulière. Car que savais-je de la poésie ? Rien. Soleils Neufs ou les paroles des années 1960 n’ont été que le départ d’un long voyage pour tenter de découvrir la poésie et tenter de s’en approcher. De Soleils Neufs à Toi, l’impossible chimérique, c’est une aventure semée de réussites et d’échecs, d’espoir et de désenchantement qui me mène en moi. Je me suis rendu compte, après bien d’autres voyageurs, que ce cheminement n’est pas une partie de plaisir, mais dépassement, ascèse, combat, frustration, souffrance. Après chaque mot, chaque vers, chaque poème, je me suis retrouvé plus pauvre, plus malheureux, vide. À chaque fois, la poésie s’est dérobée. Et je ne sais pourquoi quelque chose me pousse toujours à la rechercher. Je veux toujours l’entrevoir, et si possible la toucher, la sentir, la goûter. Allez savoir pourquoi…

(…)

Les malheurs, les laideurs, la barbarie ne connaissent pas de répit. Le chaos semble se répandre partout. Mais quand la beauté semble finir, s’abolir, il survient un sursaut. Un grain de beauté, une parcelle de vie, n’importe comment réapparaît au cœur de la déliquescence des êtres et des choses. À ce moment-là, la poésie me fait miroiter quelque facette de sa nature : la résistance, la révolte, l’insoumission, la faim furieuse de bonheur…. »

Lire l’entretien avec Maxime N’Debeka sur AFRICULTURES.

Homme nul n’a sondé l’envers des soleils
Méfie-toi des métamorphoses des larves
Des costumes multicolores des caméléons
Des dandys aux monocles des soleils neufs

Un piteux voilier mordu par un banc de sable
Rate les roulis aux djiguidas de vertèbres
Je contemple mon âme se gaver de boue
De l’envers des soleils

Matériau de nos échecs

(L’oseille/Les citrons, P.18).

~~~

Une aube inonde mon âme

Et ma plume se soûle de vins

De chants, de danses, de tam-tam

Des rires d’hommes et de femmes
De liberté enfin…enfin…

Une aube inonde mon âme…

(Soleils neufs, p.47.)

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