Silver & Blood, tome 1 : Vents et Tempêtes

Résumé

Dans la Terre des Âges, la magie règne en reine.
Vampires, sorcières, loups-garou… tous cohabitent avec harmonie ou avec haine.

Dans un palais taillé dans la glace noire d’une montagne, mystère, magie et complots fusionnent. L’amour s’en mêle et c’est la guerre ! Les meurtres, le sang…
Irina, sublime et arrogante, découvre un vieux livre qui va l’aider à invoquer un pouvoir depuis longtemps oublié, que sa mère, la Ténébreuse, convoite. Sauf que ce n’est pas un simple pouvoir, c’est l’Argorlë ! Dans un âge lointain, il avait fait des ravages, et maintenant qu’il est de retour…

« Ceci est mon sexe » : un (putain d’) pied d’enfer !

 Elle s’appelle Trixie(-)Rose, et le reste est encore plus fou…

 

Il me tardait de recevoir le livre. J’ignorais qu’il était déjà dans ma boîte aux lettres quand, au milieu de la nuit de la fête de la musique, un bruit de métal me sortit de mon sommeil paradoxal… Encore imprégné des rêves desquels je sortais et dont je ne me souvenais plus tout à fait le contenu sinon quelques éparses sensations, je réalisai au bout d’un petit moment qu’il y avait là urgence. Dans ces cas-là, on préférerait sans doute être visité par Trixie et Ziggy, du moins peut-on le supposer quand on n’a pas encore lu le livre… Je dus me mettre dans la peau du lion qui flaire un danger et protège son repaire… Et puis plus rien, sinon le sourd écho des battements de mon coeur en panique. Le dimanche fait de démarches obligées et de bon temps à s’accorder néanmoins, s’orienta vers une soirée dont je ne soupçonnais pas les bienfaits. Je trouvai dans ma BAL, que je n’ouvre que rarement, une enveloppe-bulle, sorte de lange blanc protecteur, et sur laquelle se dessinait une écriture à la fois inconnue et familière. Un brin de douceur dans le tumulte urbain… Il enveloppait un trésor tant attendu, arrivé par magie, me plus-je à penser. Un trésor comme un gros bonbon rose, une gourmandise dont on se régale d’avance…

Parti pour une cantique, je me suis laissé happer par cet  »univers barré et barock » (dixit l’auteure), peuplé d’êtres aux charmes complexes et portés par une écriture à la fois scénaristique, romanesque et subtilement sensuelle, alliant dans un juste équilibre le langage cru des personnages et la prose poétique. J’ai fait au fil des jours la connaissance d’une palette détonante de personnages dont les qualités et les travers sont croqués sans concession aucune ni complaisance, embarqués dans des voyages souvent acides, très visuels. D’ailleurs, au fil des chapitres, et au regard de l’évocation multiple par l’auteure de Tarantino et autres références cinématographiques, on se plaît à se demander à quoi ressemblerait la version ciné de ce roman à la B.O explosive… Sans doute à un pied d’enfer !

Depuis deux semaines, ouvrir  »Ceci est mon sexe » m’est devenu un rituel quotidien, ma dose, mon petit plaisir solitaire du soir (et du matin)- quoique ce livre pourrait être lu à plusieurs… Ce moment où Ziggy et Pipo ne font qu’un avec la mère nature, dans une  »symphonie sanguine et végétale’‘, est sans doute le passage le plus merveilleux du début du livre, le plus réjouissant.

Tandis qu’ailleurs, on jubile à écouter, aux côtés de Trixie, une ode à l’amour universel via, entre autres, l’évocation d’un Jésus vivant, humaniste et féministe, l’auteure nous invite tout du long à plonger dans une fontaine miraculeuse que l’on voudrait vouée à ne jaillir que pour ne jamais s’arrêter.

Et si l’amour est ici célébré, le roman nous rappelle que, comme le montre la couverture, la paix que symbolise la colombe est sans cesse menacée par l’arme de quelque obscurantisme planquée derrière des subterfuges. D’ailleurs, Gary à un moment le dit :  »On est en guerre. La liberté, c’est un bien précieux qui n’est jamais acquis. Jamais.’

Bref, l’un des livres les plus enthousiasmants de ce début de XXIè, et de l’an I après T.R ! 

Tof ‘

Hugo : Roman http://www.hugoetcie.fr/Hugo-Roman/Catalogue/Ceci-est-mon-sexe

 »Ceci est mon sexe », de Claire Barré – disponible :

* http://livre.fnac.com/a6967056/Claire-Barre-Ceci-est-mon-sexe

*http://www.amazon.fr/Ceci-est-sexe-Claire-Barr%C3%A9/dp/2755614994

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LITTLE SONG FOR TRIXIE

Cantique unique

Trixie sensuelle

Ainsi soit-Elle

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D’extras extases

Trixie sexuelle

Rose et pollen

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Psychédélik

Trixie charnelle

Peau caramel

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Sexy son blaze

Trixie dentelle

Sous la fontaine

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Listen my little song

For Ziggy &  »Trixie Rose »

Trixie Rose

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Happening mystique

Trixie métisse

Universelle

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La mydriase

Trixie délice

En porcelaine

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Barock, beatnik

Trixie se tisse

Un univers

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Puis sans emphase

Trixie s’éclipse

Belle et sans chaîne

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We know the road is long

For Ziggy &  »Trixie Rose »

Trixie Rose

Papillon

Depuis quelque temps, il se cognait constamment aux vitres et la moindre lueur l’attirait irrésistiblement. C’est vrai j’ai beaucoup papillonné dans ma vie, songeait-il mais… Pourtant, je suis une créature du soir. Je n’ai jamais aimé que la pénombre, le jour finissant dans la musique orangée de l’été, les soirs d’hiver où la nuit me tombe dessus en un souffle et les soirs d’automne sous la pluie où les réverbères ajoutent encore au grisâtre du crépuscule. Peu me plait le plein soleil brulant des journées d’été ou la lumière froide et aveuglante des journées d’hiver qui vous glacent jusqu’au tréfonds des os. La nuit n’est cependant pas mon royaume. Meme en l’évitant, il m’a toujours fallu sentir une proximité de la brulure de la lumière du jour. Peut-etre est ce pour moi la seule façon dont je peux prouver que j’existe…
C’est mon domaine, celui de la tristesse qui vous prend irrépressible car on a encore la joie du jour sous les yeux. Et je me suis toujours repu de cet état qui vous laisse tout en tremblement, en angoisse et en souffrance. Je me disais toujours qu’elle était moi, et que je pourrais comme cela donner des leçons de pleurs et de chagrin à tout un chacun. En effet nous avons tous besoin de pleurer, mais aussi tous besoin de le cacher et de le montrer et quoi de mieux qu’un coin sombre en pleine lumière ?
J’ai ainsi eu maintes aventures dans les ruelles les plus ténébreuses que vous puissiez concevoir et pourtant depuis quelques soirs, je ne peux plus me satisfaire de ces dissimulations. Il m’a suffit d’apercevoir cette fille à la jupe rouge, un soir d’été avec sa courte chevelure rousse brulante de soleil, de lui voler le sourire éclatant de ses lèvres pour la suivre partout.
Depuis, chaque fois qu’elle passe dans cette rue, je prends mon élan pour lui parler et dans mon rêve, la charmer pour l’emmener au soleil couchant du bord de l’océan. Mais à chaque fois, je me cogne à la vitre de mes peurs mais je me refrappe encore, car je sens bien qu’enfin, la vitre fondera comme mes peurs et mes prétentions et qu’avec elle je ne pourrai plus certes être le roi des soirs du monde mais simplement le compagnon de ses jours et de ses nuits.

La rencontre

C’était une très belle journée pour un mois d’octobre, le ciel ne prévenait d’aucun nuage, il était d’un bleu clair apaisant et le soleil brillait comme jamais. Il ne faisait pas trop chaud, mais juste assez pour en profiter agréablement, les oiseaux chantaient et les gens sortaient pour exhiber leurs dernières trouvailles du marché. Les parcs étaient animés par de jeunes couples qui exposaient leur amour, ainsi que des enfants qui se perdaient dans leur imagination emplie de châteaux, de dragons et de princesses à sauver. Les personnes âgées les observaient avec sagesse et un certains amer goût de regret. C’est assez ironique dans un sens, car Tony détestait ces journées ensoleillées où les gens arborent ce sourire hypocrite comme si le soleil avait réglé tous leurs problèmes, ces journées ou les gens sont entassé dans les rues, les plages et les parcs. C’est pourtant lors d’une de ces « magnifiques journées » comme il disait d’un ton sarcastique, que Tony fut mis en terre.

 

La première fois que j’ai rencontré Tony c’était en plein mois d’octobre, dans ce vieux pub miteux du dix-huitième arrondissement à Paris ; Le Bears, je m’y rendais pour m’abriter de la pluie qui tombait à flot ce jour-là. Lorsque je fus rentré j’eus comme une impression de déjà-vu. Ce bar, on aurait dit un vieux cliché tellement utilisé au cinéma et dans divers romans qu’il en était devenu trop usé pour être vrai, et pourtant ce bar ressemblait en tout point à un de ces bars que Charles Bukowski a décrit plus d’une fois dans ses romans. Toujours les mêmes personnes en pilier de bar avec ce teint triste et sombre, qui d’ailleurs s’assemblait très bien avec les murs, tellement recouvert de poussières et de moisissures qu’il m’était impossible d’en décrire la couleur. Les clients du bar étaient pratiquement tous dans la quarantaine, et se singularisaient de la population dite normale par le désespoir qui régnait sur leurs visages désespoir rapidement effacé par l’alcool. Et là, au beau milieu de ce dédale de ploucs sans nom, se trouvait Tony. Je ne le voyais que de dos. Il avait l’air d’un homme plutôt grand mais rabattu sur lui-même un peu comme si il portait sur lui tous les malheurs du monde. Ses cheveux brun ébouriffés était un peu gras c’était sûrement le résultat de plusieurs nuit passé à dormir dehors. A sa droite, le dernier siège libre, ce fût un peu le préambule de notre rencontre.

Je m’installai donc à ses côtés pour commander un whisky, c’est alors que Tony, dont je ne connaissais rien ni même le prénom m’aborda avec une voix rauque digne d’un vieux fumeur :

-« Tu sais, au moins deux tiers des personnes qui fréquentent ce bar ne vont pas tarder à abréger leurs vie ?

-Je vous demande pardon ?

-Je trouve le vouvoiement un peu formel, pourquoi ne pas se tutoyer ? La vie est décidément trop courte pour se préoccuper de l’avis des arrogants qui ne valent pas mieux que nous. Moi c’est Tony. »

C’est ainsi que commença une longue soirée où Tony me fit le récit de sa vie. Je compris alors pourquoi ses magnifiques yeux noirs reflétaient tant de tristesse. Ils étaient le résultat d’une vie passée à rechercher le bonheur sans jamais le trouver. Tony n’avait pas profité de son enfance. En effet lorsqu’il était plus jeune, sa mère et lui devaient subir les accès de violence de son père. Mais un énième soir d’été où son père était complètement ivre, il bâtit une fois de plus sa femme pour une quelconque raison. Cette fois-ci fut celle de trop, sa mère ne s’en releva pas. Quelques temps après son père comparaissait en justice, et mis à part l’enterrement, Tony ne revit jamais l’homme qui lui avait donné la vie, et repris celle de sa mère. Il ne savait même pas s’il était encore envie et s’en foutais sincèrement.  Je remarquai alors qu’il ne s’était jamais remis du décès de sa mère. Avec l’héritage il décida d’abandonner son ancienne vie pour voyager. Il voyagea dans l’espoir de combler un vide qui ne cessait de croitre, un vide que cette mort traumatisante avait augmenté, un vide d’une vie sans réel intérêt, le vide d’un passé de violence, un vide qui se creusait en lui et le bouffait intérieurement. Mais aucun pays, et surtout personne ne put le combler réellement. Tony restait et resterait définitivement seule.

Lors de la narration de ses récits je ne pouvais m’empêcher de regarder cet homme qui avait tant souffert avec admiration. Je regardais chaque coin et recoin de son visage, je voulais être sûr de le reconnaître la prochaine fois que je le croiserais. Son visage était plutôt fin, avec de magnifiques yeux noirs et sombres, ses lèvres étaient gercées par l’hiver qui commençait à s’installer. Il avait une barbe de trois jours, sa peau comportait plusieurs cicatrices plutôt vieilles, elles étaient certainement les restes d’un passé avec un père violent et alcoolique. Après plusieurs anecdotes sur une vie de nomade, voyageant de continent en continents, en Afrique, en Asie et en Amérique, je lui demandai comment un homme qui avait tant voyagé se retrouvait au jour d’aujourd’hui dans ce vieux Pub à Paris. Il me répondit :

- «Quitte à être seul autant partager cette solitude à plusieurs. Là où n’importe quelle personne sensée voit un regroupement de ploucs, moi je vois des hommes qui avaient une vie avant que la société ne les détruise. Je vois des instituteurs, des pères de familles, des ouvriers, des cadres et tant d’autres encore et pourtant ce soir ils sont comme moi, leur bière à la main réfléchissant à un endroit pour passer la nuit. »

Les heures défilaient et les verres aussi, la fatigue commençait à se ressentir et pourtant je restais là, assise, à boire les paroles de cette homme que je venais de rencontrer. Il me dévoilait entièrement sa vie et je sentais bien qu’il ne me racontait pas d’histoire pour que je finisse dans un lit à ses côtés dans un des nombreux hôtels miteux qui croupisse dans cette ville. De toute façon qui aurait voulu coucher avec un sans-abri alcoolique. Aujourd’hui seule l’apparence compte et pourtant, le miséreux qui se tenait en face de moi était bien plus sage et honnête que la pluparts des gens d’aujourd’hui. Non j’avais plutôt l’impression qu’il voulait se confesser d’une vie de débauche et de misère, qu’il avait besoin de parler à quelqu’un qui lui était totalement inconnu et dont le jugement ne le toucherais pas. J’étais cette personne. Vers 3h du matin il ne restait que nous et deux clochards endormis sur leurs sièges Tony finit son verre d’une traite et s’en fut avec pour seul au revoir un simple « salut ». Je me levai aussi pour le rattraper et lui demander s’il comptait vraiment partir sous cette pluie avec pour simple protection une veste trouée. C’est là qu’il me répondit avec un sourire en coin :

« Le froid contrairement aux humains ne me fait pas peur, et chance pour moi : seuls les fous dont je fais partie, ose sortir par un tel temps et à une telle heure. Les autres se gardent les « merveilleuses journées » ensoleillées pour découvrir le monde »

Sur ces simples mots il s’en alla.

Une semaine après je mourrais d’envie de le revoir mais ne m’ayant laissé aucune adresse je retournai au Bears dans l’espoir de le trouver. Son siège était vide, je m’installai donc pour l’attendre. Au bout d’une heure d’attente je me levais pour payer le barman et lui demander quand Tony arrivait habituellement. C’est alors qu’il me répondit :

« Vous n’êtes pas au courant ?

Quelque peu inquiète qu’il soit reparti dans je ne sais quel pays je demandais :

« De quoi devrais-je être au courant ? »

« Et bien Tony s’est suicidé. Il s’est jeté dans la Seine la semaine dernière »

Quelque peu décontenancée mais pas surprise, je quittai le bar tout en repensant à cette première et dernière soirée que j’avais passée avec lui. Son suicide était le résultat d’une société indifférente et incapable de se soucier de son prochain. Cet homme avait toute sa vie dû subir les failles de ce système, des failles cachées mais réel Tony, lui, était un inadapté. Il n’avait jamais pu s’intégrer si ce n’est avec ceux qui avaient totalement perdu espoir. Il avait subi une enfance fondée sur la violence et une vie d’adulte continuellement sur les routes à la recherche d’un foyer. Cet homme avait perdu espoir. Il ne voyait pas ce que la vie avait à apporter, si ce n’est violence et tristesse. Finalement il avait peut-être trouvé la solution à la souffrance.

 

J.

Je suis Fatiguée

Il m’a regardé avec attention. La contrariété, voir même l’inquiétude se lisait sur son visage.
— C’est vrai que tu n’as pas la forme! Tu veux que je fasse la vaisselle?
Je peux même préparer le repas…
Bon, vl’a autre chose comme disait ma grand mère ou plutôt, pensais je comme d’ habitude…
— Tu trouves toujours une solution, l’ennui c’est que ce n’est jamais la bonne , ai je fini par dire.., ou plutôt ce ne sont jamais les bonnes questions.
La perplexité et même l’inquiétude, maintenant envahissait son regard.
Je le connais, Pierre est ce qu’il est, une bonne pâte comme disent mes amie, un brave type comme le pensent la plupart de nos connaissances, mais pour ce qui est de comprendre les femmes, là.
— Mais non voyons pas ce n’est pas de cette foutue vie domestique dont je parle, mais je ne peux pas continuer…
— Et si je t’emmenais ailleurs, où tu désires…Je peux m’arranger, prendre une semaine.On ira ou tu voudras .Une semaine au soleil…
— tu es gentil mais ça ne suffira pas. Ici ou ailleurs ce sera pareil…
— Ca doit être la saison qui te tape sur les nerfs avec cette nuit qui tombe si vite…On ne voit plus le jour avec ce foutu hiver…
Je ne l’écoutais plus. Son gros défaut, le plus agaçant est celui ci:
Il est capable de se taire pendant de longues heures et tout à coup à partir d’une phrase de se lancer de longues considérations qui n’ont plus qu’un très lointain rapport avec le début de la discussion.
— … Et d’ailleurs comme je le disais à Renaudet, l’autre jour, depuis la réorganisation de la DRH, c’est du grand n’importe quoi…Dis, tu m’écoutes conclut-il…

—…Hein, non, non je suis fatiguée, tu comprends, FATIGUÉE.

Je ne crois pas avoir criée, mais sangloter sûrement.

Il s’est levé, l’air un peu perdu, puis il m’a pris dans es bras ma tapotée sur l’épaule en me baisant les joues et dans un petit soupir, à fini par dire…
—Écoutes habilles toi, je t’emmène au restaurant. On sort d’ici, ça finit par me donner le bourdon aussi, on va reparler de tout ça tranquillement…

La complainte des geysers (extrait)

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Extrait du chapitre 23,  »A la lune, à la deuch’, à l’étroit sous à la bonne… » du roman de Bernard-Guy, sociologue et jazzman, intitulé « La complainte des geysers » paru en 2008. https://contesarebours.wordpress.com/

Bernard-Guy est également l’auteur de la préface du dernier recueil du collectif LAT autour des Villes Mutantes et autres curiosités bétonnées, et de la postface du sixième recueil à venir…

 

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(…) Retour de l’enfer, sans plus me soucier de mon amie dont j’ignorais la destinée dans cette bastille aux frayeurs, j’avais soudain envie de m’en aller seul avec ma deuch’ sous le bras ; je me sentais comme un oisillon groggy sauté du nid trop tôt, considérant avec étonnement ses plumes égarées dans la chute en dénombrant ses chétifs abattis : devinant naïvement l’inutilité d’une ascension problématique de l’arbre natal naguère rassurant, il opte définitivement pour le premier envol, manœuvre encore inédite. Après cette aventure, je me perçus un long moment, le cœur glacé de ce qui m’était tombé sur le coin de la gueule … ; et comme le glacier, ce cœur instantanément surgelé s’effilochait en moraines parallèles et stériles …

Ce fut sans doute mon denier chagrin d’angelot et ma première compromission hypocrite d’adulte puisque j’attendis patiemment l’issue du séjour pour repartir avec ma belle vers Buyrdu : le début des petits arrangements qui émaillent les traverses des grandes personnes …

Pendant tout le trajet de retour, elle posa câlinement sur ma cuisse brûlante sa jolie main trop baguée, au poignet garni de multiples bracelets précieux que je ne lui connaissais pas auparavant, et nous n’évoquâmes jamais rien à ce propos ; chat échaudé … Lorsqu’il m’arriva, quelques fois trop courtes, d’étreindre ses petits pieds mignons de déesse de banlieue, exorcisant sans me trahir la délicatesse de mes sentiments amoureux pour elle, je vis parfois de fugaces perles précieuses sourdre de ses belles mirettes … Peut-être était-elle conquise … sans doute … par ce geste d’affection simple ou alors, très au courant de ce qu’on m’avait fait subir, elle devinait mon besoin de déterger ces pratiques ; quelques mois plus tard, elle nous quittait à jamais et je ne l’oublierai en aucun cas. Durant ces quelques jours hors du commun, tournant définitivement et brutalement le dos aux mirages rassurant illusoirement les horizons de ma défunte adolescence trop confiante, j’avais perdu la trace de mes avions de papier, perdus corps et biens dans les vapeurs d’alcool avilissant. J’avais en revanche découvert, certes brusquement, plein de choses rudimentaires mais malaisées à accepter sur les femmes, les hommes, la multiplicité infinie des consciences, la mort, la cupidité, la géométrie variable des sentiments, l’érotisme lourdement déniaisé sans contraintes ni références moralisatrices et finalement la grande course sans but de tous. Bêtement comme chacun, j’étais dorénavant prêt sans doute à affronter moi aussi l’épreuve parce qu’on n’apercevait au loin aucune alternative disponible ; pour effectuer le circuit imposé, il fallait sauter, contourner, éviter les obstacles, tricher … Utiliser au mieux sa capacité d’émission sonore pour dire je t’aime, mentir comme on respire ou les deux ensemble … et embrasser sans mesure ni exception le corps des femmes qu’on chérit jusqu’à ressentir enfin leur saveur personnelle pour dévoiler libre allégeance à leur amour tant espéré.

J’ai aussi compris à ce moment-là un signe très simple qui permet au gars ingénu de deviner si une fille est provocatrice ou naturelle ; il faut toutefois, condition sine qua non, qu’elle garde les cheveux libres, sans chignon ni autre bidule du même style … Si, dans cette configuration, elle rejette sa chevelure vers le dos, coinçant machinalement les mèches derrière les oreilles parce qu’elle y glisse les doigts au fur et à mesure que la coiffure retombe successivement sur les yeux ou les épaules, c’est encore une petite fille quel que soit son âge civil, pas de panique. On n’aura aucune peine à rire aux éclats avec elle ; on pourra tenter de consoler ses cafards infinis comme on berce tendrement un enfant. Si au contraire, elle néglige systématiquement de relever les cheveux qui encombrent adroitement son regard ; si elle recule négligemment ses boucles en désordre minutieux sur ses épaules : méfiance, c’est une femme, quoi qu’en dise sa carte d’identité ! Et comme ce test est infaillible, il n’est possible désormais que de l’aimer un peu, beaucoup, tendrement, passionnément, à la folie ; … et impossible d’aimer pas du tout une femme, j’en atteste !

Mais attention à la marche : la folie risque alors de muter en torture dont on ne peut se passer : à qui pourrai-je jamais avouer devoir peut-être cette façon érotique exacerbée – quoique très adoucie – à une démone exceptionnelle profitant de mes émois inexpérimentés et des circonstances … En tout cas, depuis cette époque et jusqu’à mon âge, je n’ai plus jamais arpenté ce quai glauque, cette rue maudite d’un quartier de Parselles, rayé de ma carte personnelle ; le jour où j’effectuerai ce pèlerinage sans appréhension ni conséquence, je serai devenu un très vieux sage à la libido défunte … et je n’irai jamais, au grand jamais, en ramasser les feuilles mortes à la pelle pour les mettre dans ma deuch’, elle aussi trépassée … Et d’ailleurs, puissent-ils alors avoir abattu cette adresse damnée pour y reconstruire n’importe quelle horreur architecturale, moderne comme je les hais, ce sera toujours mieux !

C’est fou : lorsque j’y songe, je me rends compte qu’avec ma grande gueule et mon je-sais-tout, j’ai sans doute tout appris de la vie par les femmes qui ont croisé ma route ; du déniaisement à la capacité de souffrir et puis tout le reste, je leur dois en lettres de sang ou en larmes de joie. Et Cacahassa est du nombre, bien entendu.

Sapristi : on éteint les lumières du resto, je suis seul et il fait un noir d’encre dehors ; j’hallucine : cela fait des heures que la deuch foutris est passée ici et je viens de plonger durant toute ma soirée à me remémorer cette partie de jambes-en-l’air mouvementée de mon adolescence, eh ben ! Bravo : j’ai raté toute possibilité d’avaler quoi que ce soit, alors qui dort dîne ; direction le plumard puisque demain, on bosse !

Le diable, l’astronome et la naine rouge (extrait)

Le diable, l'astronome et la naine rouge

 

 

 

En Arménie aussi, le printemps se montrait précoce. En cette nuit tiède, le ciel couvert annonçait un orage et Miridjan s’apprêtait à frapper à la porte de Diane. Il portait sur ses bras tendus une longue tunique en lin et une large ceinture brodée de fils d’or. Il était resté sur le seuil, les bras croisés, inhabituellement muet, pendant que Diane se vêtait de la tenue rituelle. Elle l’avait suivi, toujours en silence, le long des corridors glacés jusqu’à ce qu’il s’efface et, d’un geste de la main, lui indique le chemin pour qu’elle poursuive seule jusqu’à la porte qui se présentait à elle.

Diane eut la surprise de pénétrer dans une pièce ronde, haute de plafond. Une verrière abritant une serre tropicale. Elle attendit seule quelques instants en admirant les différents spécimens de plantes et les fresques aux couleurs passées qui ornaient le mur d’entrée. Enfin, elle reconnut l’air d’ « Angie » fredonné entre des bruits de claquettes.

Mick apparut, chantant :  »We can’t say we never tried… »

Ah, Diane, enfin seuls ! Cette tenue vous va à ravir, un rien vous habille !

– Que signifie cette mise en scène, Mick, ou bien dois-je vous appeler Zénob ?

– Je vois que mon oncle a la langue bien pendue ; peu importe, je ne comprends pas ce revirement soudain, c’est bien vous, n’est-ce pas, qui souhaitiez bénéficier de ce bain purificateur ? Vous voulez renoncer à présent ? Sachez que vous représentez à mes yeux ce que j’ai de plus cher au monde. Ma plus belle découverte, mon joyau le plus précieux. Notre communion l’atteste… Vous n’avez plus confiance ?

– Il ne s’agit pas de ça, voyons ! Je n’ai pas compris grand-chose au discours de votre oncle ; dites-m’en davantage, je veux savoir.

– Telle est mon intention, n’en doutez pas. Venez, installons-nous, je vais vous expliquer. »

Mick se référa à Hermès pour rappeler les fondamentaux de l’alchimie, sur lesquels reposait son travail sur les corps, afin de les transformer en une espèce supérieure plus précieuse. Il expliqua la procédure qu’il avait mis des années à mettre au point. Il s’agissait de préparer un bain spiritueux à partir de quatre éléments :  » Le chaud, comme celui que vous portez sur vos joues lorsque vous cachez votre colère ; le froid, que je lis dans votre regard lointain ; le sec, comme mon coeur avant de vous connaître, ma chère, et l’humide, qui perle à mes yeux à votre évocation. »

Diane amadouée, il poursuivit son exposé. La solution obtenue macérait longtemps jusqu’à ce qu’elle atteigne la couleur noire la plus pure, la texture de lave fraîche tout droit sortie du volcan. C’est ce qu’il appelait le Mercure philosophique, aux propriétés extraordinaires, un magma dans lequel il mixait les astres au cours des nuits d’équinoxe. C’est dans ce bain qu’il souhaitait plonger avec elle. Il suffisait qu’ils se dépouillent de leurs vêtements, sans se quitter un seul instant du regard, et qu’ils deviennent, tour à tour, le Soleil et la Lune.

»Diane, vous l’avez deviné, la lumière n’a pas encore opéré sur vous, elle vous a laissé jusqu’ici dans les ténèbres. Mais j’ai décelé une étincelle qu’il suffit que j’excite. Laissez-moi appliquer le sceau du traité visible et palpable de la lumière et des ténèbres. Ainsi, nous atteindrons ensemble le point de conjonction et de coordination entre le Ciel et la Terre. Je saurai extraire, avec votre assentiment s’entend, ce trésor de votre coeur meurtri. Je le dépouillerai de son écorce épaisse qui le cache à mes yeux, je saurai le libérer de sa prison infâme où il st enfermé, je saurai de ma précieuse médecine soulager votre corps. Tout cela grâce au baume universel, l’élixir le plus précieux que m’ait offert la nature et que j’ai parfaitement sublimé. «

Tout en parlant, il s’était approché de Diane, avait d’un geste expert dénoué la ceinture et fait glisser la tunique à ses pieds. Il l’avait ensuite prise par la main sans détacher son regard, l’hypnotisant de sa voix mélodieuse, et l’avait conduite jusqu’à la vasque de marbre, dans laquelle elle entra le sourire aux lèvres.

Diane avait relevé ses cheveux d’un geste gracieux et seuls quelques mèches entouraient ses beaux yeux. Mick était subjugué. Sa ressemblance avec Sol était frappante, il l’avait déjà remarquée lors de leur première rencontre. Si l’on exceptait la chevelure ambrée, la peau diaphane et les yeux clairs, la mère et la fille avaient le même visage fuselé au petit nez mutin, au menton volontaire. Elles partageaient également la même expression réfléchie lorsqu’elles fronçaient les sourcils pour interroger ou exclamer.

Une vague nostalgique envahit Mick à l’évocation de cette diablesse de Sol. Son esprit vif lui manquait, son ironie, son caractère trempé aussi. La douce Diane commençait à l’ennuyer gentiment. Attiré par sa pureté, son innocence et le malheur inscrit dans ses pensées, il ne tirerait désormais de cette fidèle servante que ce qu’il possédait déjà de ses autres adeptes féminines.

Il soupira bruyamment pour chasser ces idées noires mais s’interrogeait sur le destin de Sol. Pour la première fois, en quinze années de bons et loyaux services, il sentait son emprise lui échapper. Et cela commençait à l’inquiéter. Il savait bien que les deux denrées hors de son contrôle, l’amour et l’humour, Sol avait toutes les capacités de s’en emparer. Il ne l’imaginait pas enrôlée dans un cirque ou une troupe de théâtre. Cette petite sotte était tombée amoureuse, il le sentait d’ici et cela le rendait fou de rage.

 

Extrait de  »Le diable, l’astronome et la naine rouge », de Sophie Lucide et Claude Berthout Ed. Le Pommier

http://www.editions-lepommier.fr/ouvrage.asp?IDLivre=381

 

 

 

Cinema s’Trip – Chronique du tournage d’un film

Cinema s’ Trip -

Chronique du Tournage d’un film

clapperboard

 

Il s’agit d’un carnet de tournage…

« Jack est premier assistant réalisateur sur le film de Franck Krisbold pour Ator Production, ce qui n’est pas rien.
Avec son regard et ses mots, il nous fait partager la vie des plateaux d’un certain cinéma français au rythme trépidant du tournage. »

Vous pouvez le lire, gratuitement, version PDF, en cliquant sur ce lien:

 

www.murielroland.com

Lettre Matinale

Bonjour ,
Cette lettre- je préfère ce terme à cet affreux e-mail va certainement te surprendre après tout ce long silence, plus de deux ans déjà, mais, mais vois-tu ce soir le travail, je dois renégocier mon contrat..Ils sont contents de moi et me proposent le double si je signe pour 6 ans….
Comme on dit, cette nuit ma vie a défilé et tout est devenu très clair pour moi et j’ai donc bien des choses à mettre en ordre…

Et la première, celle qui commande toute ma décision, c’est toi. Tu as toujours été pour moi un ami précieux, jusqu ‘à mon lointain départ il y a plus de deux ans.

Ca allait de déboucher un lavabo à écouter mes malheurs sentimentaux jusqu’ à deux heures du matin autour d’un « Bolino » ou d’une tablette de chocolat.

Quand je voulais te remercier, tu souriais en me disant : « Mais non, regarde je t’ai encore bouloté tout ton Lindor ». Mais tu mérites une grosse engueulade, tout de même, car jamais tu n’as essayé quoique ce soit…

Oh, je sais, je sais. Je suis sure que tu en avais une folle envie.
Tes yeux brillaient, ta voix s’altérait par moments.
Je crois que tu avais peur…
Peur de perdre mon estime, mon amitié en cas d’échec…
Je me souviens d’une expression que tu employais à d’autres propos… Comment était ce déjà ?… Ah,oui « Lacher la proie pour l’ombre »… Des foutaises…

Mais ce jour là à l’aéroport, quand tu m’as pris dans tes bras, tu t’es contenté d’une étreinte fraternelle. Et pourtant, j’ai senti jusque dans l’avion ta présence solitaire sur le tarmac longtemps après le départ. J’ai même senti ta grosse boule dans la gorge…

Sais tu que si tu m’avais embrassé pour de vrai, j’aurais tout envoyé promener, le grand poste dans cette multi de merde, l’appartement aux frais de la compagnie en plein Manhattan et ce foutu contrat de 3 ans ?

Sais-tu par exemple que ce jour ou nous avons visité le cachot de Marie Antoinette à la Conciergerie, je t’imaginais en Fersen me libérant et m’emmenant loin du tumulte révolutionnaire…
Imagines-tu que depuis très longtemps au cinéma, je te projetais dans ces rôles ou l’ami déballe enfin son cœur à sa chère et tendre qui bien entendu, ne le laissait pas passer.
Et d’ailleurs…Toi aussi… J’ai trouvé toujours bizarre cet intérêt pour les comédies romantiques..

Je sais, c’est un peu de ma faute aussi. En te contant mes amours tu devais te dire : « Oui, celui-là il est beau, brillant, intelligent, riche. Oui je n’ai vraiment aucune chance… »
Mais si justement, imbécile, tu les avais, oh combien !
Bon, maintenant je vais éteindre cet ordinateur, et rejoindre mon rendez-vous dans ce haut lieu de la finance mondiale et je vais leur dire que je les quitte pour un concurrent sur lequel ils ne pourront jamais s’aligner : Toi…

Ils me prendront pour une folle, et ils auront raison…
Mais folle je l’étais bien avant de ne pas m’être jeté à ton cou, bien avant…
J’ARRIVE avec mes faiblesses et mes forces.. Je suis un peu cassée, mais je sais que tu vas me réparer et tu le feras sans nul doute avec toute la force et l’amour que je pourrais te rendre…
Je t’embrasse

Annie tout à toi
New York
Le 11 Septembre 2001

Elles Hos-Air les faits minimes

Chère Lumière,

Ma vie est un tumulte ! Une vague qui n’en finit pas de m’éreinter les nageoires. Je suis prise dans le ressac, la marée basse n’existe pas, c’est rien qu’une légende, c’est par trop naufrageant, des fois…

Allez ! Je jette l’encre quelques instants pour toi.

Ça fait des jours que j’e t’écris en pointillés, pas de ligne fermée, juste les oreilles de musique ornées, un bijoux de notes à breloques de rock. Yes !

La coupure d’avec toi a été longue, en estafilade nette, profonde de tellement de secondes, qu’il ne faut plus y penser. Je reviens, à nouveau je te tiens la main que je n’ai lâchée que dans les apparences seulement.

Tous les portraits glanés au fil des routes sont restés dans la soute de mon carnet de voyages, pas le temps, juste courir pour attraper la vie qui s’en va toujours plus vite en avant de moi.

Mais je t’en offre un tout frais écrit parce que toi. Parce que tu es mon amie. Parce que notre écriture. Tes envols, mes réponses en sous-sol, nos idées, les carrefours manqués et une fraternité de l’âme à nos corps scotchée.

Alors voilà :

Madame Mousue a un gros cul
Ce qui ne l’empêche pas d’être mal embouchue
Et de faire la gueule quand on lui demande sans malice
Deux ou trois ronds de réglisse

Madame Mousue a un gros cul
Des varices et des verrues
Ce qui ne l’empêche pas de se trouver bien foutue
De vous dire y’en a plus !

Madame Mousue a un gros cul
Une blouse qu’à perdu le moral
A force de contenir, c’est normal,
Un corps qu’a oublié d’être vu.

Madame Mousue a un gros cul
Mais vous vend sans broncher
Des gâteaux rances à terme échu
Comme s’ils étaient nés de la dernière fournée.

Madame Mousue a vraiment du cul
Que les touristes dans mon genre
Aillent se goinfrer ses pâtisseries indigentes
Sur de lointains talus.

Madame Mousue a un gros cul
Ce qui ne l’empêche pas de me resservir la même chose
Quand pas contente je suis revenue
Me plaindre de sa crème rose.

Madame Mousue a un gros cul
Des rêves de bal pour sa soirée
« Vous serez la bienvenue »
Me dit-elle « Ce soir au bal des pompiers »

Madame Mousue en a ras le cul
De se gaufrer des clients qui râlent
Alors elle s’en balance le tiroir caisse
Faut qu’on la laisse

Comme j’avais rien de prévu, j’me suis rencardée d’une chambrée, chez elle me suis installée, dans la carrée de son dernier, toute de footeux tapissée, me suis glissée dans ma robe de pince fesses et suis partie m’accouder au bar de la kermesse.
Après deux blancs, il faisait mieux.
Sur la piste en bois, rien que des glandus qui se balancent et se trémoussent les hanches, se frottent des yeux et tentent des caresses.
J’me fais draguer long comme le bras par les comacs du cru, des gros ventrus aux jouvenceaux, rien de raffiné à me mettre sous la dent… j’décline poliment, on a beau être au fin fond du pays, on n’en oublie pas moins ses bonnes manières vieille France !
J’m’ennuie, alors je regarde, je photographie les corps, les voix, tout quoi, ça me fera un bon miam-miam pour mes écrits futurs, toujours ça de pris me dis-je…
J’en suis là de mon hypnotique conversation avec moi-même quand un changement dans le déroulement de cette soirée sans surprises me tire de mon soliloque : sûr ! il se passe quéquechose sur la piste !
Un rond s’est formé, bien serré, bien fermé, tout le monde me tourne le dos, je suis soudain toute seule au bar, même le patron est parti !
Je joue des coudes, m’insinue entre les corps, pardon ! pardon ! oups ! marche sur des pieds, m’excuse, fais celle qui ne comprend rien aux protestations et avance, fendillant cette muraille humaine, me coulant, me moulant dans toutes les failles possibles.
Un brouhaha secoue ce monde, des cris, des hourras, des encore ! des oh la vache ! un enthousiasme frôlant l’hystérie collective, des bravos !
Je veux voir !
Et soudain, la délivrance des peaux moites, le dernier glissement : je suis au premier rang.

Madame Mousue a décidément un gros cul
Qu’elle balance de belle manière
Ça, j’avais jamais vu !
On se croirait aux Folies Bergère

Une divine née de la moche pâtissière !
Un papillon de nuit, léger, légère
Danse dans la nuit en tutu
Du classique en voilà en veux-tu

Madame Mousue est oubliée
Son gros cul n’en finit plus de tournoyer
Comme un toton libéré de sa ficelle
Ventile le temps de ses ailes

Madame est pleine d’un instant de grâce
Magnifique, aérienne et bien foutue
Elle s’enchante de sa disgrâce
Métamorphose des attributs !

On en pleure tous de bonheur et d’envie
La magie est brute, écorchante,
Et nous transforme et nous enchante
Ce soir, on est tous des human pretty !

On s’est saoulé le corps toute la nuit
Toute la musique y est passée
Du moderne au démodé
On a tout bu jusqu’à la lie.

Le matin, de ses traits roses, comme le carillon pour Cendrillon jadis,
A sonné les douze coups de minuit,
On est partis se pieuter parce qu’il le fallait
Dans la plume tiède j’ai pleuré.

Le quotidien a parfois un gros cul qui se traîne derrière les comptoirs
Madame Mousue vend son âme dès le pain cuit
La peau profond tatouée de pleines volutes d’espoir
D’exister encore, encore, encore, une autre nuit.

Mon Air, comment danses-tu ?