LAT, altruiste?

Il existe des mots qui réveillent comme un coup de fouet qui claquerait dans le vide.  Ce matin, le mot qui m’a fait l’effet d’une soupière de café sucré au Guéronsan, c’est « altruiste ».

Moi, altruiste ? Il est toujours bénéfique d’entamer sa journée dans un éclat de rire.  Jusqu’à ce que le rire mène petit à petit à autre chose, d’un peu plus sérieux,  en parsemant le chemin chaotique d’une poignée de petits cailloux en forme de questions, auxquelles d’habitude on ne répond pas, pour ne pas se perdre sans doute. Pour ne pas dévier de l’autoroute qu’on s’est dessinée soi-même.

Mais il est vrai que j’aurais dû commencer par là ; évidemment ! Pourquoi un énième site à vocation « littéraire », hein ? En voilà une question qu’elle est aussi pertinente que dérangeante. On ne prend jamais son pied à justifier  ses désirs…

Commençons par rendre à César ce qui lui appartient : l’idée n’est pas de moi !

Voilà, c’est dit, je pourrais m’arrêter là. J’y suis pour rien mais pour autant l’idée initiale est-elle chargée d’altruisme ? Son auteur s’en prévaudrait sans aucun doute car le commercial qu’il est (excellent !) ne peut raisonnablement se contenter de vendre sans sceller à son  produit une certaine utilité, que son professionnalisme changera sous peu en besoin.

Dans le nouveau monde que nous avons encore du mal à définir, tant les repères tout autour s’effondrent les uns après les autres sous l’effet domino, la littérature s’est trouvée, au grand dam des éditeurs voraces, un nouveau support. Ces fameuses tablettes, ou liseuses qui se vendent actuellement comme des petits pains aux USA, vont bientôt envahir notre vieux pays. Cette nouvelle donne  agite le petit milieu de l’édition traditionnelle, en passant par les écrivains peopolisés qui, la larme à l’œil, pourfendent cette incursion dans leur pré carré si parfaitement entretenu.

L’idée de départ est donc simple : proposer des e-book ( oh le vilain mot !)) aux lecteurs du nouveau millénaire ! Des livres numériques consacrant des auteurs qui vendraient leur came au même prix que ces chiens d’éditeurs leur versaient en royalties, c’est-à-dire pas grand-chose ; mais au moins cette idée comprend pour principe de barrer la route aux intermédiaires en traçant une ligne droite entre l’auteur et le lecteur. 1+1.

Lorsque j’ai reçu, presque concomitamment une clause au contrat qui me liait à la mienne d’éditrice, portant sur les droits numériques du livre commis plus tôt, j’y ai lu l’opportunité de me réapproprier mon propre travail si malmené par elle. Cela ne se fera pas finalement et au fond je m’en fous mais cela a ouvert une vision nouvelle à l’idée de départ.

J’ai pensé à tous ces auteurs inconnus lus sur les sites où j’écrivais. Ceux qui méritaient d’être édités composaient deux bonnes poignées, c’était un bon début. Et nous nous sommes lancés ; LAT, n’en est qu’à ses balbutiements, les clichés ont la vie dure. Les éditeurs ont toujours raison et les écrivains ne rêvent que d’une seule chose : voir se matérialiser sous forme d’objet-papier la somme de leurs fantasmes.

C’est pour cette raison que j’ai âprement négocié mon implication dans cette folle entreprise : mettre l’écrivain au centre de tous nos débats, lui laisser libre choix de déposer et retirer ses écrits, si par chance une opportunité venait à sa rencontre. Bref, lui donner simplement une chance supplémentaire et lui verser 60% du prix de vente de son livre, le reste servant au fonctionnement du site.

C’est la raison pour laquelle ce site n’est pas un forum. C’est un site de vente de livres à télécharger. Le deal est clair. Les écrivains n’écrivent pas pour de l’argent, c’est entendu, mais il faudrait peut-être un jour cesser de nous voiler la face. En ce qui me concerne, je ne crache pas du tout sur l’idée de gagner ma vie en écrivant. C’est même, pour tout dire, ma réelle ambition. Dans une vie antérieure, j’étais commerciale moi aussi…. Bien sûr, il serait utopique de penser que du jour au lendemain nous, les auteurs,  allons faire notre micro révolution en nous prenant en charge. Ne rêvons pas !

Sauf que si nous ne versions pas dans cette chimère là, nous n’écririons pas. Mais chacun est libre d’agir à sa guise. Je ne suis pas altruiste, non, je ne pense pas. En revanche, j’ai la faiblesse de penser que si tous les gars du monde voulaient se donner la main…. Non, j’déconne !

Les premières briques de l’édifice sont gratuites, (rappelez-vous : créer le besoin !!), il y a en déjà quelques unes, d’autres vont arriver. Le premier e-book mis en téléchargement au prix ridicule de 2 euros (ou 1, 99 pour verser un peu plus dans la crédibilité commerciale)) va arriver sous peu. Je le sais, puisque j’en suis l’auteure !  « Un homme affable » va essuyer les plâtres de cette hypothèse insensée.

Chaque auteur reste libre de donner ou vendre son travail. J’alternerai, en ce qui me concerne.

Ni altruiste, ni égoïste, juste réaliste.

Gagner de l’argent en écrivant ne revient pas à passer un pacte avec le diable ou la diablesse.

A fortiori à ce prix ridicule.

Mais être lu, ha !, être lu…… 😉

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One thought on “LAT, altruiste?

  1. C’est drôle, je n’avais jamais envisagé d’écrire à ce sujet, mais l’on me demandait hier, sachant que j' »officiais » pour un obscur site de livres à télécharger, si je ne pensais pas contribuer de ce fait à la disparition, ni plus ni moins, du livre papier.
    Goûtant peu aux lamentations quant à l’instabilité météorologique, j’exposai à mon interlocuteur, tel Bouddha dans son immentissime sagesse, un geste de la main gauche signifiant que je m’extrayais à tout débat de ce type, légitime mais rabâché.
    Les craintifs faisant du souci du caractère sensuel du livre papier le principal argument de leur exposé, il s’agit dès lors de déployer une contre-argumentation subtile qui s’approprie cet argument en question et auquel je souscris tout entier; il n’est bien sûr nullement question de renverser l’argument en prônant identiquement mais à l’opposé un similaire rapport quasi-érotique qu’entretiendrait le lecteur avec la liseuse constituée de matières pour le moins détestables, cette éventualité n’étant tout bonnement réalisable, l’humain étant ce qu’il est… Tout lecteur quel qu’il soit, adepte des nouveaux supports ou exclusivement fidèle au bon papier, ne peut nier ni le lien qui l’unit à ce dernier ni le plaisir du texte qui s’effile et se déploie tout le long des pages qui (se) tournent sous l’impulsion de nos doigts fébriles ou du vent taquin. Ainsi, je ne connais pas un défenseur des formats numériques qui aurait ne serait-ce qu’envisagé de se revendiquer dans le même temps contempteur du livre tel que l’homme l’a imaginé et l’a toujours connu. Le pseudo-débat, dès lors, apparaît à mes yeux comme biaisé d’emblée.
    La question susceptible d’en finir avec les caricatures se poserait ainsi en des termes plus nuancés, par-delà le stérile esprit de combat d’arène que l’on voudrait distiller dans et par l’opinion; la question pourrait pointer, au lieu de s’articuler bêtement autour du clivage des pro- et anti- e-books, l’intérêt de ce dernier en complément du livre papier. La pression du petit microcosme des grandes maisons d’édition alimentant sciemment ce conflit en vue d’opérer un étouffement des créateurs dans leur plus grande diversité, le mieux pour le lecteur mobile est encore d’offrir à la vue de l’opinion sa largesse d’esprit en s’ornant de ses deux Graal inséparables: sa liseuse légère et pleine de plus d’une centaines d’ouvrages, et son livre papier du moment.
    Le plus discount des sac-à-dos est capable de porter et supporter les deux objets à la fois…

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