RC 50 L’énigme de Lana Graham

L’orage avait laissé Détroit toute dégoulinante de myriades de perles irisées par le soleil revenu.

À la lourdeur de l’air, on sentait bien qu’il allait se passer quelque chose de peu commun dans cette salle de vente de Jefferson Avenue.

Tout ce joli monde murmurait devant l’apparition du nouveau lot proposé à la vente aux enchères par D. J Peacock le commissaire priseur sis à Détroit Michigan.

Les gens assis s’étaient levés et les gens debout restaient debout…

Le sheriff Hank s’essuya le crane avant de remettre son Stetson à large bords.

–        Damned ! S’exclama-t-il en apercevant le tableau que tenait le commissaire priseur.

–        Tu l’as dis bouffi, chuchota le premier adjoint Lawrence

–        T’as pas tort, Nestor, chuchota Bob, le deuxième adjoint, à l’oreille du premier.

Le tableau représentait un crucifié sur une croix sauf que ce n’était pas le christ mais une femme à peine vêtue d’une étroite toge.

 

Tout avait commencé la veille dans le bureau du sheriff Hank lorsque l’étrange Norman Bates était venu raconter une histoire abracadabrante : il avait vu, de ses yeux vu, le dénommé Akatagi faire quelque chose d’extraordinaire;  lors d’une réunion Tupperware il avait ressuscité une femme morte.

Cela se passait chez Anita, la vendeuse de l’épicerie « Pink ‘s » et, à la fin d’une démonstration d’une casserole à ressorts excentrés, Mrs Laze-Hard était tombée raide morte en entendant le prix demandé.

La confusion qui avait succédé n’avait cessé que lorsqu’Akatagi avait imposé le silence en frappant dans ses mains.

Il s’était penché sur la défunte et lui avait doucement parlé à l’oreille;  petit à petit, l’ex future cliente avait rouvert les yeux puis s’était ébrouée comme pour se réconcilier avec ce monde immonde qu’elle avait failli quitter fâchée.

Puis, d’une voix grave et fascinante, Akatagi avait prononcé cette phrase si mystique :

–        Mrs Laze-Hard, pourriez vous tenter de vous lever ? C’est-ça… Marchez maintenant.

Plus tard, lorsqu’on demanda une explication à Akatagi, il avait modestement expliqué que la défunte était morte, mais juste de honte, à l’idée de débourser la somme demandée et, pour la faire revenir en ce monde, il lui avait fait miroiter une remise de trente pour cent…

–        Que voulez-vous que j’y fasse, Mr Bates ? Ce n’est pas un crime, au contraire, non ?

Les yeux de Norman Bates se faisaient de plus en plus troubles.

–        Mais sheriff, vous ne comprenez pas que cet Akatagi est une espèce de beatnik ? Nul ne sait d’où il vient ni où il va. Il apparaît comme il disparaît et, m’a dit Anita, il va encore faire un coup d’éclat demain dans une vente aux enchères dans Jefferson avenue. Surtout soyez-y !

–        Ah ? Comment sait-elle ça, Anita ?

–        Vous savez bien que les femmes ont des prémonitions pour ces choses là !

C’est ainsi que le sheriff Hank se trouvait dans la salle de vente, ce matin là.

 

Le commissaire priseur annonce alors le titre du tableau : « La crucifixion de la femme » de Dablashki dont la mise à prix est de 500$.

Le brouhaha qui suit la présentation de la toile témoigne de la confusion générale.

Certains crient en silence « sacrilège ! »

D’autres, la bouche en cul de moule, approuvent la témérité du peintre.

Le commissaire priseur qui n’a pas de prise sur l’opinion se contente d’un sourire plein des sourds entendus genre « je vous l’avais bien dit bande de nases »

–        Je connais ce peintre ! Hurle Lana Grahamm, la propriétaire de la salle, il est tout simplement géééniâââl !

–        Ouais ! c’est le grand copain de l’écrivain raté Crusam Casugatin renchérit le chéri en titre de Lana.

–        Pourquoi donc raté ? Questionne une voix menue

–        Parce qu’il y a les écrivains contemporains et les écrivains comptant pour rien, explique une grosse voix

C’est alors, au milieu de la confusion générale, que l’ami Akatagi monte sur l’estrade et, écartant les bras, il se met à tirer cette tirade :

–        En ce temps là, y’avait un homme simple qui voulait représenter son idée de la crucifixion. Ce peintre s’était pourtant mélangé les pinceaux en représentant une femme crucifiée, la croix demeurant réservée aux hommes car les bourreaux étaient misogynes… C’est ainsi que Dablashki demanda à une de ses amie, Marnie, de poser en modèle. Le ciel lui pardonnerait bien…

–        J’y comprends que dalle… le sheriff Hank se remet au grattage de tête,

–        Je vous expliquerai bientôt sheriff, en attendant, je vous présente Yanis.

Akatagi disparut aussi vite qu’il était arrivé.

Quant à Yanis, il ne se doutait pas dans quel merdier il s’était fourré…

Toutefois, il repassa dans sa tête cette phrase d’Akatagi: « En ce temps là, y’avait un homme simple qui voulait représenter son idée de la crucifixion. »

Elle lui semblait étrange…

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10 thoughts on “RC 50 L’énigme de Lana Graham

  1. Ça va faire de la job de moins pour le fossoyeur si Akatagi se met à réveiller les morts et du coup deviendront compétiteurs. Tant qu’à moi, je suis morte de peur juste à l’idée qu’on puisse même seulement effleurer cet Indien blond aux cheveux tressés. Un peu c’est assez, beaucoup c’est un peu trop, énormément c’est comme je me sens actuellement. J’ai très-très-très peur, le cœur s’accélère. Est-ce qu’il va éclater ou bien s’il va s’arrêter? Oh et puis en passant, ne faisons pas de discrimination envers la femme. Dieu l’a créée belle, c’est pour la montrer. Marnie a très bien posée. Cacher la femme en la voilant des pieds à la tête, ici et là? Kessé ça c’t’affaire-là? Et pendant ce temps-là les pingouins grelottent, mais cela n’intéresse personne. Han-k?

    Les pertes de temps ne sont que des rides inutiles. Alors, allons-y. On suit les pistes dissimulées au travers de la route, on les sème à tour de rôle et on se retrouve tous à boire un verre de rhum à la fin de la présentation du certificat de location de la vieille maison Bates.

    Toi, Akatagi, te laisse une note 10/10 +

  2. Du très grand Agantikatagi ! Riche en nouveaux personnages, l’humour avec un grand H, et les énigmes…
    Après Di, je ne sais que dire, alors j’m’en vais relire…

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