RC 46 : Tuer, c’est pas beau…

Mère et fils

Le bureau du sheriff Hank ressemble à un bureau de sheriff, ni plus, ni moins.

Avec toutes les affiches « Wanted » et « Reward » on peut revivre les aventures de tous les brigands qui ont écumé la région : de leur première mise à prix à la plus récente, on devine leur ascension dans la criminalité à l’augmentation de la récompense.

La coutume locale veut que le sheriff laisse affichées les têtes des canailles recherchées qu’il a lui-même capturées : une sorte de programme de ré élection, en quelque sorte.

Et, vu le nombre d’affiches barrées par les dates d’arrestations le sheriff Hank n’est pas le dernier des manchots.

Après avoir frappé discrètement à la porte du bureau où est marqué « Sheriff Hank », Akatagi patiente un instant ; n’ayant aucun ordre, il a frappe plus fort…

–        Ouais, entrez !

–        Sheriff Hank ?

–        Ben, à moins qu’il n’y ait quelqu’un d’autre ?

–        Oh, bonjour sheriff, je m’appelle Akatagi et…

–        Ah, c’est vous « Jambe-de-grillon » ?

–        Je vois que les nouvelles vont vite…

–        Ho, vous savez, la Coupatrèfle n’est pas méchante, elle a juste un peu de mal à tenir sa langue.

–        Je vois…

–        Pouvez-vous m’expliquer pourquoi vous cherchez Mrs Bates ?

–        Ben… c’est un peu confidentiel

–        Si vous vouliez rester discret, mon vieux, fallait pas vous adresser à la Coupatrèfle ! Tous les environs sont déjà au courant,

–        Donc vous aussi ? Alors pourquoi me le demander ?

–        Pour voir si vous ne perdez pas la mémoire en marchant, pardi !

Akatagi se gratte le crane : ces finesses qui n’en sont pas le désarçonne comme le mustang fougueux de son père quand il courtisait la jument nerveuse de sa mère.

« Tiens, voilà que je me mets à raisonner en décalé » se dit-il dans sa ford intérieure.   Mais il doit continuer sa mission.

–        Je cherche Mrs Bates pour lui remettre un message oral de la part d’un ami français

–        Et vous êtes certains que c’est Mrs Bates que vous cherchez ?

–        Ben…

–        Ce n’est pas Norman Bates, par hasard ?

–        Ben… l’ami français m’a bien dit Missis et non pas Mister,

–        C’en est un…

–        De quoi ?

–        De mystère…

–        Et pourquoi donc ?

Ignorant la question, le sheriff continue :

–        Connaissez-vous, Marnie ? Mr Paul ?, Child ? Yanis ? Rose ? Delphine ? Slévich ? Lolita ?

–        Non, aucun de tous ces noms, sheriff…

–        Je vois, en somme vous entrez juste dans notre histoire… Mais que venez vous y faire ?

–        Je…  En vérité, je vais vous le dire : j’aimerais savoir s’il y a eu meurtre

–        Ah ça ! Si le corps repêché dans l’étang de chez Bates n’est pas un crime, je n’y comprends rien : il n’a pas pu se suicider vu les deux coups de couteau dans le dos !

–        Alors je dois délivrer mon premier message : « Il ne faut pas tuer les autres « 

–        C’est tout ce que vous avez à dire ?

–        Ben… C’est ce qu’on m’a dit de répéter.

–        Votre ami français, peut-être ? Peut-on savoir son nom ?

–        Il s’appelle Short-leg…

Le sheriff Hank part alors dans un fou rire monumental;

–        Ah ça alors, Mr Jambe–de-grillon, c’est la meilleure !

–        Pourquoi ?

–        Connaissez-vous la traduction de short-leg ?

Longtemps, très longtemps après, le sheriff Hank riait encore…

 

 

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9 thoughts on “RC 46 : Tuer, c’est pas beau…

  1. Bonne Mère ! Short-Leg parle de ses valeurs, de son patelin français à travers les ondes. Ah Peuchère ! Ça montre bien qu’il s’intéresse à cette histoire, de près ou de loin et de longtemps. Bravo Aganticus ! Mais attention au langage. Il ne faut pas dire des mots sacrés aux US. Ils ne comprennent rien du français. 🙂 et ils pourraient les prendre pour des offenses. Béa-criss.

  2. Short-leg ? Courtecuisse, peut-être, alors ? Je ne sais pas la signification des deux mots réunis ! Mais j’aime bien le flegme et l’humour discret du shérif Hank, voilà qui rassure dans l’ambiance trouble et pleine de soupçons qui règne ! Qui rassure, mais peut-être à tort ! Il reste bien sybillin, Hank … Pourtant, on a l’impression d’avancer :))) !

  3. J’en appelle à Jambe-de-Grillon, à ses bonnes ondes dont auraient besoin le confesseur et le confessé en cette heure si critique… Enfin, akataguise !
    Pawata et sa descendance tendent à dépasser les limites du cadre romanesque en s’insinuant dans le réel et s’adressant à l’inconscient collectif et individuel, mettant sur mon chemin un totem voilé de brume, avant que je ne prenne une photo quasi-semblable à celle qui illustre ce chapitre… *,* ‘

    1. Le réel ? On en discute depuis des siècles…
      Patience et longueur de strophes amèneront la lumière puisqu’on exhorte les plumitifs à prendre leur temps.

  4. Bonne Mère ou Joual-vert, on se croirait dans un célèbre Lelouch mettant en vedette  » Les Uns les Autres  » sur des lignes de temps aux espaces troués faisant flèche de tout bois. Le Chaman est tabou. Son silence murmure. Le vent en emporte au temps. J’entends les mots sur des lignes blanches entre les branches d’Agataki juché sur Jambe-de-Grillon. Chacun son cinéma dans ce roman de gare « à vous » chez les Bates. Si c,était à refaire, Smic, Smac, Smoc, la belle histoire nous referons pour USA en vrac à Détroit.
    J’aime toujours les rires couchés sur les lignes lancées par l’ami Aganticus. Encore, encore ! And now…ladies and gentlemen, au suivant. Re-bis..

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